Arès adresse sa plainte à Zeus

[...] Arès atteint le séjour de dieux, l'Olympe escarpé, et va s'asseoir auprès de Zeus, fils de Cronos, le coeur plein de chagrin. Il lui montre le sang divin qui coule de sa blessure et d'un ton gémissant, lui dit ces mots ailés :

"Zeus père, n'es-tu pas indigné quand tu vois toutes ces horreurs ? Sans cesse les dieux que nous sommes subissent les pires tourments, cela les uns par les autres, pour plaire aux mortels. Nous sommes tous révoltés contre toi ; tu as donné le jour à une folle exécrable, qui ne rêve que méfaits. Tous les autres dieux qui sont dans l'Olympe t'écoutent ; chacun de nous t'est soumis. Mais à elle tu n'adresses jamais mot ni geste de blâme ; tu lui lâches la bride parce que tu lui as tout seul donné le jour, à cette fille dévastatrice, qui vient de déchaîner encore le fils de Tydée, le bouillant Diomède, en pleine fureur, contre les dieux immortels. Il a d'abord approché et blessé Cypris au poignet. ensuite il s'est jeté sur moi, pareil à un dieu. Mes pieds rapides m'ont soustrait à lui : sans quoi je serais là encore à souffrir longtemps mille maux, au milieu d'horribles cadavres ou, vivant, j'eusse été réduit à l'impuissance par les coups du bronze."

Homère, Iliade, V, 868-887


Arès