Le dragon de la source d'Arès

Cadmos le Tyrien, entré dans ce pays, vit une génisse encore indomptée coucher sur le sol son corps de quadrupède, accomplissant ainsi l'oracle, aux lieux où il devait coloniser, selon l'arrêt divin, les plaines riches en blé d'Aonie. Le beau cours de Dircé y arrose de ses eaux vives les verdoyants guérets aux semences profondes ; [...] là était le sanguinaire dragon d'Arès, gardien cruel qui, sur les eaux courantes et le ruisseau verdoyant, promenait en tout sens ses prunelles vigilantes ; venu pour puiser l'eau lustrale, Cadmos le tua d'une pierre en frappant d'un élan de son bras meurtrier la tête du monstre sanguinaire ; puis sur les conseils de la fille de Zeus, Pallas, la déesse sans mère, il lança ses dents sur le sol, dans les guérets aux semences profondes ; la terre en fit surgir une vision d'hommes en armes à la surface du sol ; mais le carnage au coeur de fer les replongea dans la glèbe nourricière, de leur sang il trempa la terre qui, dans la pleine lumière du soleil, les avait fait voir aux souffles du ciel.

Euripide, Phéniciennes, v. 638-675


Arès