Héraklès tue Cycnos et blesse Arès.

C'était aux jours où la cigale sonore aux ailes d'azur sombre, perchée sur un rameau vert, entonne pour les hommes sa chanson d'été ; elle ne mange et boit que la rosée nourricière et, tout le jour, depuis l'aube, elle épanche ses accents, dans les mois de la plus cruelle chaleur, où Sirius brûle la peau [...] c'est en ces jours-là donc qu'ils engageaient la lutte, et un tumulte immense s'élevait. [...] Alors le fils d'Amphitryon, Héraclès le Fort, de sa longue javeline, entre le casque et le bouclier, au cou, découvert en-dessous le menton, brusquement porta un coup sans réplique, et la lance meurtrière trancha les deux tendons, chargée de toute la vigueur du guerrier. Et Kyknos s'écroula, comme s'écroule un chêne ou un pic abrupt frappé par la foudre fumante de Zeus. Ainsi s'écroula-t-il, et son armure de bronze ciselé sonna sur tout son corps.

Mais le fils de Zeus au coeur endurant le laissa sur place et se mit à surveiller l'approche d'Arès, le fléau des hommes. Ses yeux lançaient de terribles regards ; il semblait un lion auprès d'un cadavre ; de ses griffes puissantes il a brutalement taillé la peau de sa proie et lui a bien vite arraché la douce vie ; son coeur noir se remplit de fureur ; une lueur verte, effrayante, est dans ses yeux, tandis que, de sa queue, il se fouette les flancs, les épaules et que ses pattes fouillent le sol. Personne jamais n'osa le regarder alors en face pour l'aborder et le combattre. Ainsi le fils d'Amphitryon, insatiable de combats, brusquement se dressa, face à Arès, laissant croître l'audace en son coeur. Arès s'approcha, la rage au coeur, et tous deux, avec des cris, bondirent l'un contre l'autre. [...] Le funeste Arès, dont le poids fait gémir les chars, s'élança en criant, et Héraclès soutint le choc avec entrain. [...] Avec un grand cri, brandissant ses armes pareilles à la flamme, vivement il (Arès) bondit vers Héraclès le Fort, brûlant de le tuer et, impatient de venger son fils mort, il lança sa pique d'airain sur le grand bouclier. Mais Athéna aux yeux pers, du haut du char étendit le bras et fit dévier l'élan de la javeline. Une âpre douleur saisit alors Arès. Il tira son épée aiguë et s'élança sur Héraclès au coeur puissant. Mais, à cette attaque, le fils d'Amphitryon, insatiable du cruel combat, vit la cuisse découverte sous le bouclier ciselé et vigoureusement frappa. La lance bien dirigée entailla largement la chair et fit tomber Arès au milieu de la lice. Vite, Déroute et Panique poussèrent jusqu'à lui le char aux bonnes roues avec ses cavales et, le relevant de la terre aux larges routes, le mirent dans le char artistement ouvré. Puis, vite aussi, fouettant les cavales, elles s'en furent vers le haut Olympe. (On ensevelit Kyknos) Mais, tertre et monument, l'Anauros, gonflé par une pluie d'orage, fit tout disparaître, sur l'ordre d'Apollon, le fils de Létô, parce que Kyknos jadis guettait et dépouillait par la violence tous ceux qui, vers Pythô, menaient d'illustres hécatombes.

Hésiode, Le Bouclier, v.424-446


Arès