Mars amoureux d'une Vestale

Jadis aussi tu étais sans armes, quand tu t'épris de la prêtresse romaine afin de donner une origine noble à cette Ville. La vestale Silvia (qu'est-ce qui m'empêche de parler d'elle ? ) allait un matin chercher de l'eau pour l'ablution des objets sacrés. Elle était parvenue à la berge par un sentier en pente douce : elle dépose le vase en terre placé sur sa tête ; fatiguée, elle s'est assise sur le sol, découvre sa poitrine pour l'exposer à l'air et arrange ses cheveux en désordre. Tandis qu'elle est assise, l'ombre des saules, le chant des oiseaux et le léger murmure de l'eau la font s'assoupir. Un doux sommeil s'est emparé furtivement de ses yeux et sa main, devenue languissante, ne soutient plus son menton. Mars la voit ; à peine l'a-t-il vue qu'il la désire ; à peine l'a-t-il désirée qu'il la possède : son pouvoir divin lui permet de cacher son larcin. La dormeuse se réveille ; elle reste étendue, enceinte. Bien sûr, elle portait déjà en son sein le fondateur de la ville de Rome. Elle se relève toute languissante, sans pouvoir s'expliquer cette langueur...

Ovide, Fastes, III, v. 9-24


Mars