Un bouclier tombé du ciel

Ajoutez foi à ce que je vais dire : je parle d'un événement miraculeux, mais réel. Le ciel commença à s'ouvrir en son milieu. La foule leva les yeux en même temps que son roi. Voici que descend un bouclier porté en douceur par une brise légère : le peuple pousse une clameur qui va jusqu'aux astres. Le roi ramasse le présent à terre, après avoir sacrifié une génisse, qui n'avait jamais subi la pression d'un joug sur sa nuque ; il le nomme ancile, parce qu'il est arrondi de toute part et ne présente aucun angle, quel que soit le côté qui se présente à la vue. Ensuite, se souvenant qu'à ce bouclier est attaché le sort de la souveraineté, il prend une initiative d'une grande habileté : il fait ciseler plusieurs boucliers sur le même modèle, pour tromper quiconque y porterait les yeux par convoitise. Mamurius (il est difficile de dire si sa réputation lui venait plus de son honnêteté ou de sa compétence technique) réalisa l'ouvrage. Numa, en veine de largesse, lui dit : "Demande la récompense de ton travail ; telle que tu connais ma bonne foi, tu ne feras aucune requête en vain". Il avait donné aux Saliens leur nom, tiré de leur pas de danse, ainsi que leurs armes et les paroles à chanter sur un rythme déterminé ; alors Mamurius répondit : "Donne-moi pour prix la gloire : puisse mon nom résonner à la fin de leur hymne". Depuis lors, les prêtres respectent la récompense promise à cette oeuvre ancienne et invoquent le nom de Mamurius.

Ovide, Fastes, III, v. 370-392


Mars