Les amours de Mars et de Vénus

Le premier, dit-on, ce dieu (le Soleil) vit l'adultère de Vénus avec Mars ; il est entre les dieux le premier à tout voir. Indigné du méfait, il révéla au fils de Junon, mari de Vénus, le furtif outrage fait à sa couche et l'asile des coupables. La raison du mari et l'ouvrage que sa main façonnait lui échappèrent en même temps  aussitôt il prépare avec sa lime de minces chaînes de bronze, des filets et des lacets imperceptibles à l'oeil, qui ne le cèdent ni aux fils les plus fins, ni aux toiles que l'araignée suspend aux poutres dans les hauteurs ; il fait en sorte qu'ils obéissent au plus léger contact, au moindre mouvement ; il en entoure le lit et les dispose adroitement. À peine l'épouse et le dieu adultère se sont-ils réunis dans la même couche que, grâce à l'habileté de l'époux, pris tous les deux dans les liens de cette invention nouvelle, ils sont immobilisés au milieu de leurs embrassements. Aussitôt l'artisan de Lemnos ouvre les portes d'ivoire et fait entrer les dieux ; les amants sont restés étendus, enchaînés, tout honteux ; parmi les dieux, qui n'étaient point tristes, il y en eut un qui souhaita la même honte au même prix ; les immortels se mirent à rire et pendant longtemps ce fut un sujet d'entretien favori dans tous les espaces célestes.

Ovide, Métamorphoses, IV, v. 171-189


Mars