Le meurtre de Pélias


(Médée, sous les yeux des filles de Pélias, vient de rajeunir un vieux bélier, en le faisant bouillir dans un chaudron contenant un liquide magique.)

"Trois fois Apollon avait dételé son attelage après la disparition de ses coursiers dans les eaux de l'Ebre, et, la quatrième nuit, brillaient des étoiles scintillantes, lorsque la perfide Médée jette dans un feu dévorant un liquide sans mélange et des herbes dépourvues de toute vertu magique. Déjà le roi Pélias, et avec lui ses gardiens, le corps engourdi, étaient envahis par un sommeil semblable à la mort, provoqué par les incantations et le pouvoir des mots de la magicienne ; comme elles en avaient reçu l'ordre, les filles de Pélias avaient franchi avec Médée, le seuil de la chambre de leur père, et étaient venues se placer autour de son lit. "Pourquoi hésitez-vous maintenant et restez-vous inactives ? " leur dit la magicienne.

"Dégainez vos épées, et videz le sang du vieillard, afin que je remplisse ses veines d'un sang de jeune homme ! C'est dans vos mains que sont la vie et le rajeunissement de votre père : si vous l'aimez, et si vous n'entretenez pas votre espoir sans y croire vraiment, témoignez votre sens du devoir, de vos traits délivrez-le de sa vieillesse, et, en jetant sur lui ensemble vos épées, faites jaillir hors de son corps son sang corrompu ! "

Pour répondre à ces exhortations, chacune manque à son devoir filial en proportion de son amour pour son père, et commet un crime pour ne pas être criminelle ; mais aucune ne peut regarder le spectacle de ses coups ; elles détournent les yeux, et, le dos tourné, le blessent en aveugles, de leurs bras inhumains. Lui, ruisselant de sang, se soulève en s'appuyant sur son coude ; le corps à demi déchiré, il essaie de se dresser sur son lit, et, tendant ses bras exsangues au milieu de tant d'épées :"Que faites-vous là, mes filles ?" leur dit-il," qu'est-ce qui vous donne ces armes contre la vie de votre père ? "Elles perdirent leur courage et leurs bras retombèrent ; alors qu'il était sur le point de poursuivre, la magicienne de Colchide lui ôte la parole en lui coupant la gorge, le mit en pièces et le plongea dans le liquide bouillant.

Ovide, Métamorphoses, VII,324-349.


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