Prométhée prend le parti de Zeus


Prométhée : En parler, déjà, m'est douloureux ; mais me taire aussi m'est une douleur : de tous côtés, rien que des misères ! Du jour où la colère fut entrée dans le coeur des dieux, tandis que la discorde s'élevait entre eux - les uns voulant chasser Cronos de son trône, afin que Zeus fût désormais leur maître ; les autres, au contraire, luttant pour que Zeus ne régnât sur les dieux - j'eus beau alors donner les plus sages conseils et chercher à persuader les Titans, fils d'Ouranos et de la Terre, je n'y réussis pas.

Dédaignant les moyens de la ruse, ils crurent, en leur brutalité présomptueuse, qu'ils n'auraient point de peine à triompher par la force. Moi, plus d'une fois, ma mère, Thémis ou Gaia, forme unique sous maints noms divers, m'avait prédit comment se réaliserait l'avenir : à qui l'emporterait non par force et violence, mais par ruse, appartiendrait la victoire. Je le leur expliquai avec force raisons : ils ne daignèrent pas m'accorder un regard !

Le mieux, dans ces conjonctures, m'apparaissait dès lors d'avoir pour moi ma mère en m'allant placer aux côtés de Zeus, qui volontiers accueillit le volontaire. Et c'est grâce à mes plans qu'aujourd'hui le profond et noir repaire du Tartare cache l'antique Cronos avec ses alliés. Voilà les services qu'a obtenus de moi le roi des dieux et qu'il a payés de cette cruelle récompense.

Eschyle, Prométhée enchaîné, v. 197-223.


Prométhée