Le témoignage des récits homériques

Grâce à l'Iliade, qui raconte un épisode de la fin de la guerre de Troie, où les Achéens sont venus venger l'honneur de Ménélas après le rapt de son épouse Hélène par le Troyen Pâris (aussi appelé Alexandre), nous pouvons nous faire une idée des armées de la période archaïque, c'est-à-dire de la fin du second millénaire avant Jésus-Christ, même si l'épopée n'a été rédigée que longtemps après les événements, quatre siècles environ, vers 740 avant Jésus-Christ probablement.

Certes, il ne faut pas prendre à la lettre les récits homériques ; il s'agit d'une épopée, d'une oeuvre littéraire en partie de fiction, dans laquelle la légende se mêle à l'histoire. II est bien sûr invraisemblable qu'une expédition aussi longue, aussi lointaine et aussi périlleuse, qui a mobilisé l'élite des guerriers de toute la Grèce, n'ait eu d'autre cause que le rapt d'une épouse royale et le désir de vengeance de son époux. Quelle que soit sa beauté, les Troyens ne manifestent pas plus d'enthousiasme que certains Achéens quand il s'agit de se battre pour la garder ou la reprendre (Homère, Iliade, Giraudoux, La Guerre de Troie n'aura pas lieu) .. Comme dans toute épopée, quelques héros, qui sont souvent des demi- dieux, sont magnifiés au détriment du reste de l'armée ; le poète fait lui-même remarquer que sont "nombreux, les fils d'Immortels, à combattre autour de la grande ville de Priam". Par exemple, le troyen Enée est le fils d'Aphrodite, le Myrmidon Achille est arrière-petit-fils de Zeus ...

De même toute l'aventure est empreinte de merveilleux. II arrive que les animaux parlent, comme Xanthe, l'un des coursiers d'Achille, qui rappelle à son maître la prédiction de sa mort ; le Scamandre en crue s'adresse à Apollon avant de poursuivre le fils de Thétis de ses flots furieux (Homère, Iliade) . Les dieux interviennent dans la guerre comme des magiciens, en avertissant les hommes par des songes, en répondant à leurs prières par des présages (Homère, Iliade, Chanson de Roland ), en enveloppant d'un nuage l'un de leurs protégés pour le soustraire aux coups de son ennemi ; pour éviter que "la faim cruelle n'ait prise sur ses genoux", Athéné "instille le nectar, en même temps que l'aimable ambroisie" dans la poitrine d'Achille avant le combat. Par un gigantesque incendie, Héphaestos assèche en très peu de temps toute la plaine inondée par le Scamandre lancé à la poursuite du Péléide (Homère, Iliade). On pourrait multiplier les exemples de merveilleux.

Mais souvent les dieux de l'Iliade ressemblent étrangement aux hommes et se conduisent comme eux. Ils sont divisés en deux camps : les uns, comme Athéné, Héré ou Héphaestos favorisent les Achéens, les autres, Aphrodite ou Apollon par exemple, ont pris le parti des Troyens. Dans leurs assemblées, ils n'hésitent pas recourir aux mêmes injures, ou peu s'en faut, que les soudards (Homère, Iliade). Ils ont un chef, à qui la décision revient toujours en dernier ressort, à la réserve de ce qu'autorise le Destin, et auquel ils se résignent à obéir. Ils viennent à la guerre comme au spectacle (Homère, Iliade), ou se battent devant leurs protégés ou à leurs côtés. Ils aiment la ruse : Apollon, après qu'Enée a été blessé, stimule les Troyens en leur montrant un simulacre de leur chef ; plus tard, pour que les soldats de Priam talonnés par Achille aient le temps de rentrer dans leur ville, il se laisse poursuivre par le fils de Thétis et le conduit loin des portes ; Héré n'hésite pas à endormir Zeus pour que les Troyens, privés de son appui, fléchissent. Les dieux et les déesses fendent les airs avec une invraisemblable rapidité, mais leurs chars sont identiques à ceux des hommes ; ils sont seulement faits de matières plus nobles (Homère, Iliade). Curieusement, les dieux peuvent même être blessés comme de simples humains : c'est le cas d'Aphrodite poursuivie par Diomède, ou, un peu plus tard, d'Arès (Homère, Iliade).

En somme, le poète présente un monde des dieux qui est à l'image de celui de ses contemporains ; ainsi, malgré les embellissements épiques, on peut considérer l'Iliade comme un témoignage précieux, confirmé d'ailleurs en grande partie par l'archéologie, de la vie grecque vers l'an mil avant Jésus-Christ, en particulier de l'expansion des Achéens en Asie Mineure et du siège qui s'ensuivit de la capitale de la Troade.


l'armée à l'époque homérique