Des équipements disparates

Non seulement les peuples se distinguent par leur arme privilégiée - les Thraces par exemple sont avant tout de redoutables archers, les Abantes sont "des guerriers ardents à rompre sous le jet de leur javeline les cuirasses dont s'entourent les poitrines de leurs ennemis", les Arcadiens "experts au corps à corps" manient avec adresse le poignard etc. - mais, au sein d'un même groupe, les équipements sont différents les uns des autres ; les "simples soldats", qui forment l'essentiel de la troupe, ne sont protégés que par des cuirasses rudimentaires et ne disposent pour l'attaque que de flèches, de haches, de frondes, de massues ou de pierres.

Seuls les chefs possèdent un équipement complet, d'une plus grande solidité d'ailleurs ; nous en avons une connaissance précise, notamment par les passages qui décrivent des hommes au moment où ils s'équipent pour le combat, par exemple Agamemnon ou Achille (Homère, Iliade). Leur cuirasse (thôrêx), composée de deux pièces d'airain protégeant la poitrine et le dos, recouvre une ceinture garnie de plaques de métal (mitrê) et est soutenue par un ceinturon (zôstêr). L'Iliade décrit plusieurs modèles de casques : le plus majestueux est le korus, en bronze, avec des couvre-joues ; il est surmonté d'un cimier (phalos), orné ou non, d'une aigrette en crin de cheval (lophos) ; mais il existe des casques plus simples, en peau de bête, à l'origine en peau de chien, d'où ils tirent leur nom, kunê, à rapprocher de kuon, le chien.

Par son poids, l'armure rend les mouvements très pénibles, mais les armes offensives sont aussi très lourdes et il faut que le héros soit particulièrement robuste et exercé pour les manier. Il dispose d'un poignard ou d'une épée (xiphos, phasganon), plus ou moins longue, souvent à deux tranchants, rangée dans le fourreau (kouléon) suspendu au baudrier (aortêr), II a une lance ou pique (doru), en bronze ou en bois de frêne, à une, deux ou trois pointes, et qui peut atteindre cinq mètres ; le plus souvent il en a même deux, pour le cas où la première se briserait, encore que certains soldats soient capables de lancer deux piques à la fois. Son grand bouclier (aspis), très lourd, souvent comparé à une tour à cause de sa forme incurvée et enveloppante, muni à l'intérieur d'une anse, d'une poignée et d'une courroie qui permet de l'accrocher au cou en cas de retraite, est recouvert d'une ou plusieurs peaux de bête, de taureau par exemple ; à certaines occasions, il utilise un arc (toxon). Certains héros ont des armes qu'ils sont seuls à pouvoir manier ; c'est le cas de la pique qu'Achille a héritée de son père ; les chefs ont souvent des boucliers particulièrement ouvragés, comme celui qu'Héphaestos forge pour Achille et dont le poète fait une description détaillée : le forgeron divin y aurait représenté symboliquement des scènes de paix et des scènes de guerre, une ville assiégée, un champ avec des laboureurs, un domaine royal, un troupeau de vaches avec leur bouvier, un taureau attaqué par des chiens, une place où dansent des jeunes gens et des jeunes filles etc. ; décrire ainsi les armes des chefs est devenu un véritable topos chez les Latins et au Moyen Âge (Homère, Iliade ; Virgile, Enéide ; Chanson de Roland).

Le propre des chefs est de posséder un char, près duquel leurs écuyers les attendent, à proximité du combat ; il est rare en effet qu'on se batte debout sur son char : le héros ne l'utilise que pour se rendre au front et pour la fuite ou la poursuite, l'écuyer étant toujours prêt à venir au secours de son maître. Parfois deux champions montent sur le même char.


l'armée à l'époque homérique