Le camp

Arrivés en Asie, les Achéens tirent leurs navires sur le rivage, en longues rangées parallèles à la côte, la proue tournée vers la mer pour le cas où il serait nécessaire de fuir à la hâte. Etant donné le grand nombre des embarcations (plus de onze cents), certaines sont assez loin du rivage et des sillons sont creusés dans le sable pour faciliter le halage. Toutes les nefs sont appuyées sur des étais et calées par des pierres.

Curieusement, les Grecs ne protègent pas immédiatement leur campement par des fortifications. Ce n'est que la dernière année du siège, quand la menace troyenne se fait plus pressante, qu'ils construisent un mur percé de portes et précédé d'un fossé dont les bords en surplomb sont garnis de pieux (Homère, Iliade).

Hormis l'absence de mur, jusqu'à la fin de la neuvième année de la guerre, le camp se présente comme une véritable ville, immense, dont les différents peuples occuperaient les quartiers. Aux extrémités se sont installés, avec leurs soldats, d'un côté, Ajax de Salamine, de l'autre, Achille ; au centre ont pris place Ulysse et sa troupe. Des rues ont été tracées, qui forment, semble-t-il, un ensemble assez complexe ; de part et d'autre, à proximité des nefs, se dressent les baraques (une baraque = klisiè), entourées d'un enclos. Homère décrit celle d'Achille. On sait qu'elles peuvent être précédées d'un porche, où il est possible de dormir ; à l'intérieur on trouve un vestibule (prodomos) et une grande salle (mégaron), où on peut faire du feu, cuire un boeuf ou procéder à des sacrifices. Les plus belles baraques sont, aux matériaux près, de véritables maisons disposant de tout le confort de leur temps : sièges ouvragés, tapis, lits somptueux ... Agamemnon est le seul, semble-t-il, à en posséder plusieurs. Seules, certes, sont évoquées les baraques des chefs ; on imagine sans peine que les autres sont beaucoup plus modestes.

Le camp est organisé sur le modèle d'une "colonie provisoire", un peu particulière toutefois puisqu'elle est composée de peuples divers, qui ont chacun leurs coutumes. Tout est prévu pour que puissent se dérouler les activités communes à l'ensemble des armées. A proximité de la baraque d'Ulysse se trouvent un tribunal, des autels pour les sacrifices, une agora pour les assemblées, un endroit réservé au Conseil des chefs (mais il leur arrive aussi de se réunir dans la baraque de l'un d'entre eux). Non loin de là on dresse le bûcher, pour l'incinération des morts après la bataille.

La vie au camp ne consiste pas seulement à préparer la guerre ; loin de leurs pays, les différents peuples achéens doivent assurer leur ravitaillement. S'ils reçoivent régulièrement du vin de Thrace, ils sont obligés de faire des razzias sur place et de réquisitionner des champs pour la culture de plantes vivrières. Thucydide explique même la longueur du siège de Troie par le grand nombre de soldats occupés au ravitaillement et les faibles effectifs réellement occupés à la guerre (Thucydide, La Guerre du Péloponnèse).


l'armée à l'époque homérique