Les sièges

A la fin de la neuvième année de guerre seulement, pour mieux protéger leurs nefs et leurs baraques des attaques de plus en plus pressantes de leurs ennemis, les Achéens fortifient leur camp du côté de la ville de Troie (ils ne dressent aucune protection du côté de la mer, pour s'enfuir plus rapidement si le besoin les y poussait). Ils creusent un fossé large et profond dans le sable de la plaine, et du sable extrait font un talus de chaque côté du fossé, dont ils garnissent la face intérieure de pieux "pointus, serrés et solides", qui rendent impossible le passage des chevaux (le Troyen Asios, qui voulut entrer sur son cheval fut aussitôt désarçonné et tué) ; seuls les fantassins peuvent s'aventurer, en courant de grands risques de se blesser.

Le talus intérieur s'appuie sur un mur de pierres, que surmonte un rempart crénelé en bois, soutenu de piliers boutants qui servent d'étais ; le long de ce rempart, percé de cinq portes, court un parapet avec, de place en place, des tours.

Du haut de ces fortifications, qu'ils ont construites "sans l'aveu des dieux immortels" (ils n'ont pas offert les hécatombes requises), les Achéens lancent flèches et pierres ; les assaillants quant à eux passent à l'attaque en cinq colonnes, une par porte, derrière leurs chefs les plus vaillants, comme Hector, Énée, Pâris ou Sarpédon. Pendant que les uns essaient de forcer les portes, d'autres cherchent à se glisser le long du rempart, à briser les étais qui soutiennent le mur, à arracher les pierres saillantes des tours etc. Les Troyens voudraient pénétrer dans le camp grec et incendier nefs et baraques. Favorisés par Zeus lui-même, ils seraient sans doute parvenus à leurs fins après qu'Hector eut fait céder une porte en lançant contre elle une pierre énorme : près du mur, mais à l'intérieur du camp, commencent une terrible mêlée et quelques combats singuliers. Agamemnon, découragé, aurait fui sans les semonces d'Ulysse (Homère, Iliade) ...

Mais Héra endort son époux et laisse Poséidon venir au secours des Grecs ; une partie du mur est détruite, mais Hector est blessé, et les Troyens sont finalement chassés.

Quelle que soit l'importance de ce siège, la guerre de Troie est surtout connue par celui qui met fin aux dix années de combats, le siège de la ville de Priam par l'armée d'Agamemnon. Curieusement, seuls quelques vers de l'Odyssée et quelques autres textes grecs évoquent cet événement si célèbre de l'histoire ; nous le trouvons en revanche longuement développé dans l'Enéide de Virgile. Enée, à Carthage, en fait le récit à Didon.

Sans entrer dans le détail du récit, nous devons rappeler un épisode fameux. Feignant de retourner à Mycènes, les Grecs avaient laissé sur le rivage un énorme cheval de bois dédié à Athéna. Les plus sages des Troyens, au nombre desquels figurait Laocoon, mettaient leurs compatriotes en garde contre cette offrande, qu'un transfuge, Sinon, leur conseillait de faire entrer dans la ville, sous prétexte qu'elle serait pour Pallas une compensation après le vol de l'une de ses statues par Diomède et Ulysse.

Après un prodige cependant, qu'ils interprètent comme la preuve que Laocoon se trompe, les Troyens suivent le conseil de Sinon : Laocoon en effet, au cours d'un sacrifice à Poséidon, est étouffé, avec ses deux fils, par deux dragons venus de la mer (Virgile, Enéide) : les Troyens font entrer le colosse dans la ville et célèbrent ce jour par une fête. Mais une fois qu'ils sont endormis, Sinon fait sortir des flancs du mystérieux animal les meilleurs des guerriers grecs, qui s'empressent d'ouvrir les portes de la ville au reste de leurs troupes ... La ville est mise à sac, le palais de Priam est détruit, le vieux roi est tué par Pyrrhos (Virgile, Enéide) ; Énée s'enfuit, portant son père Anchise sur son dos et tenant son fils Iule par la main (Virgile, Enéide ; Scarron, Le Virgile travesti) ... Plus tard, après avoir traversé la Méditerranée, il fondera Albe, et les fondateurs de Rome seront au nombre de ses descendants ...


l'armée à l'époque homérique