À l'assaut des Troyens

Achille vient de se lancer à l'assaut des Troyens, secourus par Apollon.

Le fleuve aux tourbillons profonds alors s'adresse à Apollon :

"Las ! dieu à l'arc d'argent, fils de Zeus, te refuses-tu donc à observer les volontés de Zeus, qui t'a si instamment commandé de défendre et d'assister les Troyens, jusqu'à l'heure tardive où le soir viendra se coucher et couvrira d'ombre la glèbe fertile ;"

Il dit. Cependant Achille, l'illustre guerrier, de la berge abrupte, saute et se lance en plein fleuve. Mais le fleuve, pour l'assaillir, se gonfle, furieux. Il émeut toutes ses ondes, qui se troublent ; il repousse les morts innombrables, victimes d'Achille, qui pullulent dans son lit ; il les jette au dehors, sur le sol, en mugissant comme un taureau. Les vivants qu'il trouve dans ses belles eaux, il les sauve au contraire, il les dissimule au fond de ses tourbillons immenses. Terrible, un flot trouble se lève autour d'Achille : le courant se précipite sur son bouclier et tâche à le repousser. Et le héros ne peut pas davantage s'assurer sur ses pieds ! Ses mains alors empoignent un grand et bel ormeau, qui s'écroule, déraciné, emportant toute la berge et qui, de ses branches serrées, arrête le beau cours des eaux. En s'écroulant tout entier dans le fleuve, il a jeté un pont sur lui. Achille, grâce à lui, sort du tourbillon et s'élance à travers la plaine, volant de ses pieds rapides, pris de peur. Mais le puissant dieu ne sen tient pas là ; il s'élance sur lui, avec sa crête noire : il entend mettre fin à l'oeuvre du divin Achille et écarter le malheur des Troyens. Le Péléide s'éloigne, en un seul bond, d'une portée de lance. Il a l'élan de l'aigle noir, l'aigle chasseur, le plus fort ensemble et le plus vite des oiseaux. Il bondit tout pareillement ; et, autour de sa poitrine, le bronze résonne, terrible, tandis qu'il se dérobe, prend du champ et fuit. Mais le Xanthe, à grands flots, le suit par derrière, dans un tumulte effroyable.

Homère, Iliade, XXI, v. 228-256



Le témoignage des récits homériques