Le présage d'Aulis

Ulysse rappelle un présage qu'avait interprété le devin Calchas à Aulis, où les Achéens s'étaient assemblés avant le départ pour Troie.

C'étaient le lendemain ou le surlendemain du jour où à Aulis s'étaient assemblées les nefs achéennes, pour porter le malheur à Priam et aux Troyens. Tout autour d'une source, auprès de saints autels, nous sacrifiions aux dieux immortels des hécatombes sans défaut, au pied d'un beau platane, où coulait une eau claire. Alors nous apparut un terrible présage. Un serpent, au dos rutilant, effroyable, appelé à la lumière par le dieu même de l'Olympe, jaillissant de dessous un autel, s'élança vers le platane. Une couvée était là, de tout petits passereaux, juchés sur la plus haute branche et blottis sous le feuillage - huit petits ; neuf en comptant la mère dont ils étaient nés. Le serpent les mangea tous, malgré leurs pauvres petits cris. Autour de lui, la mère voletait, se lamentant sur sa couvée : il se love et soudain la saisit par l'aile, toute piaillante. Mais, à peine eut- il mangé les petits passereaux et leur mère avec eux, que le dieu qui l'avait fait paraître le déroba à nos yeux : le fils de Cronos le Fourbe l'avait soudain changé en pierre. Nous restions là, immobiles, à admirer l'événement, comment de si terribles monstres étaient venus troubler l'hécatombe des dieux. Mais aussitôt Calchas, au nom du ciel, disait : "Pourquoi rester sans voix, Achéens chevelus ? Celui qui à nos yeux a fait paraître ce terrible présage, c'est le prudent Zeus - présage éloigné, à longue échéance, dont le renom jamais ne périré. Tout de même que ce serpent a dévoré les petits passereaux et leur mère avec eux - huit petits ; neuf en comptant la mère dont ils étaient nés - de même nous devons rester à guerroyer un nombre tout pareil d'années ; puis, la dixième, nous prendrons la vaste cité." Voilà ce qu'il disait, et aujourd'hui tout s'accomplit.

Homère, Iliade, II, v. 303-330



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