Le dieu Arès blessé par un mortel

Arès, le fléau des hommes, voit tout à coup le divin Diomède. Il laisse aussitôt là l'énorme Périphas, étendu à l'endroit même où il vient, en le frappant, de lui arracher la vie. Il va droit à Diomède, compteur de cavales. Ils marchent l'un sur l'autre et entrent en contact. Arès, le premier, se fend, par-dessus le joug et les rênes de l'attelage, avec sa pique de bronze. Il brûle de prendre la vie du héros. Mais Athéné, la déesse aux yeux pers, de sa main, saisit la pique et la détourne, si bien qu'elle s'envole, inutile, écartée du char. A son tour, Diomède au puissant cri de guerre tend le corps en avant, sa pique de bronze à la main. Et Pallas Athéné l'appuie contre le bas-ventre d'Arès, à l'endroit même où il boucle son couvre-ventre. C'est là que Diomède l'atteint et le blesse ; il déchire la belle peau, puis ramène l'arme. Arès de bronze alors pousse un cri, pareil à celui que lancent au combat neuf ou dix mille hommes engagés dans la lutte guerrière. Et un frisson saisit Troyens et Achéens, pris de peur : tant a crié Arès insatiable de guerre !

Homère, Iliade, V, v. 846-863



Le témoignage des récits homériques