Le deuil des chevaux d'Achille

A la mort de Patrocle, les chevaux d'Achille manifestent leur douleur comme des êtres humains ...

Les chevaux de l'Éacide (1), à l'écart du combat, sont là qui pleurent, depuis l'instant où ils ont vu leur cocher choir dans la poudre (2) sous le bras d'Hector meurtrier. Automédon, le vaillant fils de Diôrée, a beau les presser sans trêve, en les touchant d'un fouet agile, leur parler sans trêve aussi, d'une voix qui tantôt les caresse et tantôt les menace : les deux chevaux se refusent aussi bien à rentrer aux nefs, du côté du large Hellespont, qu'à marcher au combat du côté des Achéens. Ils semblent une stèle qui demeure immuable, une fois dressée sur la tombe d'une femme ou d'un homme mort. Ils demeurent là, tout aussi immobiles, avec le char splendide, la tête collée au sol. Des larmes brûlantes coulent de leurs yeux à terre, tandis qu'ils se lamentent dans le regret de leur cocher, et elles vont souillant l'abondante crinière qui vient d'échapper au collier et retombe le long du joug, des deux côtés.

1. L'Éacide : Achille, petit-Fils d'Éaque.
2. la poudre : la poussière.

Homère, Iliade, XVII, v. 426-440



Après la bataille