Des troupes moins nombreuses qu'on l'imagine

II faut considérer que celte expédition fut plus importante que les précédentes, mais inférieures à celles de nos jours, si l'on veut, ici encore, ajouter foi aux poèmes d'Homère : sans doute est-il vraisemblable qu'étant poète, il l'a embellie pour la grandir, et pourtant même ainsi elle apparaît inférieure. En effet, sur mille deux cents navires, il donne comme chiffre pour ceux des Béotiens cent vingt hommes par navire et pour ceux de Philoctète cinquante, précisant là, je pense, les deux extrêmes ; en tout cas, ce sont les seules unités dont il ait, dans le catalogue des vaisseaux, mentionné l'importance ; d'autre part, ils étaient tous rameurs et combattants, il l'indique à propos des navires de Philoctète : il donne, en effet, comme archers tous les hommes maniant la rame ; et en fait de passagers, il est peu probable qu'il y ait eu grand monde à bord, en dehors des rois et des principaux dignitaires, étant donné surtout qu'il s'agissait de traverser la mer avec un attirail de guerre et qu'en outre leurs bateaux n'avaient pas de plats-bords continus, mais étaient disposés à l'ancienne mode, plutôt comme ceux des pirates. Quoi qu'il en soit, si l'on fait une moyenne entre les navires les plus grands et les plus petits, on voit que les troupes n'étaient pas nombreuses, pour une expédition envoyée en commun par la Grèce entière.

Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, I, X, 3-5


Une armée nombreuse, mais sans unité