Le bouclier d'Énée

Virgile se souvient d'Homère quand il décrit le bouclier d'Enée forgé par Vulcain, l'Ignipotent ; mais au lieu de scènes de paix et de guerre, le dieu a représenté des épisodes de l'histoire romaine (dans ce passage, la naissance de Rémus et Romulus, l'enlèvement des Sabines et la guerre contre le roi Tatius, la trahison de l'Albain Mettus, la tentative de Porsenna de rétablir les Tarquins à Rome).

Sur ce bouclier l'Ignipotent, qui n'ignorait pas les prophéties et qui savait l'avenir, avait gravé l'histoire de l'Italie et les triomphes romains. On y voyait toute la race des futurs descendants d'Ascagne et leurs guerres successives. Dans l'antre verdoyant de Mars, la louve, qui venait de mettre bas, y était représentée ; les deux enfants jouaient pendus à ses mamelles et tétaient leur nourrice sans trembler. Elle, la tête mollement tournée vers eux, les caressait l'un après l'autre et façonnait leurs corps en les léchant. Non loin de là, c'était Rome et les Sabines indignement enlevées dans l'hémicycle, au milieu des Grands Jeux du Cirque ; puis la guerre tout à coup surgie entre les Romulides et le vieux Tatius, roi des austères Sabins de Cures ; puis, ayant mis fin à leurs luttes, les mêmes princes, debout en armes devant l'autel de Jupiter, tenaient une coupe et scellaient leur alliance dans le sang d'une truie. Tout près, de rapides quadriges en sens contraire écartelaient Mettus (que ne restais-tu fidèle à ta parole, Albain !) ; Tullus traînait les entrailles du perfide à travers la forêt, et les buissons arrosés dégouttaient de sang. Ailleurs Porsenna enjoignait aux Romains de recevoir Tarquin, qu'ils avaient chassé, et tenait la ville sous la pression d'une immense armée ; mais les descendants d'Énée se ruaient aux armes pour la liberté ; et vous auriez vu Porsenna pareil à celui qui s'indigne et qui menace, parce que Coclès osait rompre le pont et Clélie, brisant ses chaînes, traverser le fleuve à la nage.

Virgile, Enéide, VIII, 626-651


Des équipements disparates