Prière, sacrifice et festin avant la bataille

Agamemnon, protecteur de son peuple, s'adresse au tout puissant fils de Cronos: il lui immole un boeuf gras de cinq ans. Il invite les Anciens, élite des Panachéens. [...] Et, quand ils ont tous entouré le boeuf et pris les grains d'orge(1), le roi Agamemnon, au milieu d'eux, prend la parole et prie :

"0 Zeus très glorieux, très grand ! Zeus à la nuée noire, qui habites l'éther ! ne laisse pas le soleil se coucher et l'ombre survenir, que je n'aie d'abord jeté bas, la face en avant, le palais de Priam, noirci par la flamme, et livré ses portes au feu dévorant ; que je n'aie aussi, au moyen du bronze, déchiré, mis en pièces, autour de sa poitrine, la cotte d'Hector, et vu, à ses côtés, ses compagnons, en foule, tomber le front dans la poussière, prenant la terre entre leurs dents !"

Il dit ; mais le fils de Cronos ne se dispose pas à accomplir ses voeux : tout en agréant ses offrandes il ajoute à sa peine amère. La prière achevée, les orges répandues, on relève les mufles, on égorge, on dépèce ; on découpe les cuisses, des deux côtés on les couvre de graisse ; on dispose au-dessus des morceaux de chair crue ; après quoi, on les brûle sur des bûches bien sèches. On met la fressure(2) à la broche ; on la tient au-dessus du feu. Puis les cuisseaux brûlés, on mange la fressure. Le reste, on le débite en menus morceaux ; on enfile ensuite ceux-ci sur des broches, on les rôtit avec grand soin ; on les tire enfin tous du feu. L'ouvrage terminé, le banquet apprêté, on festoie, et les coeurs n'ont pas à se plaindre du repas où tous ont leur part.

1. Ceux qui participent à un sacrifice prennent des grains d'orge rituels dans une corbeille et les tiennent dans les mains pendant la prière, avant de les jeter sur la victime qu'ils entourent au moment ou elle va être égorgée.

2. Ce mot désigne certains viscères : le coeur, les poumons, le foie, la rate.

Homère, Iliade, II, v. 402-404 et 410-431


Avant les combats