Énée s'enfuit de Troie avec son père Anchise, son fils Iule et son épouse

Énée raconte à Didon comment il a quitté Troie en flammes ; Anchise refusait de suivre son fils, mais une étoile filante rase le faite de sa demeure ...

"Plus de retard ! Je te suis et, où vous me conduisez, je vais, Dieux paternels ; protégez ma maison, protégez mon petit- fils. Ce présage vient de vous ; Troie est encore sous votre garde. Oui, je cède ; je ne me refuse plus, ô mon fils, à être ton compagnon."

Il dit : et déjà nous entendons plus distinctement à travers la ville la crépitation du feu, et l'incendie roule plus près de nous ses vagues bouillonnantes : "Eh bien donc, cher père, place-toi sur mon cou ; mes épaules te porteront, et cette charge ne me sera point lourde. Quoi qu'il puisse advenir, les dangers nous seront communs à l'un et à l'autre, et le salut aussi. Que mon petit Iule m'accompagne et que ma femme nous suive à quelque distance sans nous perdre de vue. . . Toi, mon père, prends dans tes mains les objets sacrés et les Pénates de la patrie. Pour moi qui sors à peine de ces rudes batailles et de ce carnage, il m'est interdit de les toucher avant de m'être purifié d'une eau vive."

A ces mots, j'étends sur mes larges épaules et sur mon cou baissé une couverture, une peau de lion fauve ; et je me courbe sous mon fardeau. Le petit Iule a mis sa main dans la mienne et suit son père d'un pas inégal. Ma femme vient derrière. Nous nous avançons dans un clair obscur ; et moi qui tout à l'heure n'étais ému ni par la grêle des traits ni par les rangs serrés des Grecs en front de bataille, maintenant tous les souffles d'air m'épouvantent, le moindre bruit m'angoisse, suspend mes pas, me fait trembler également pour mon compagnon et pour mon fardeau.

Virgile, Énéide, II, v 701-711 et 717-729


Les sièges