Le passage du Rubicon


- Quand on vint sur les bords étroits du Rubicon, le chef crut voir le fantôme gigantesque de la Patrie en émoi : brillant dans l'obscurité de la nuit, le regard affligé, elle avait répandu autour de son front couronné de tours ses cheveux blancs épars dont elle arrachait les mèches; elle se dressait, les bras nus, et disait ces mots entrecoupés de sanglots : " Où allez-vous encore, où portez-vous mes enseignes, soldats ? Si vous marchez avec le droit pour vous, en citoyens, c'est jusque là que vous pouvez venir. " Alors un frisson secoua les membres du chef.

Lucain, La Pharsale, I, v. 185-193

- Ayant rejoint ses cohortes, au bord du Rubicon, rivière qui marquait la limite de sa province, il s'arrêta un moment; [...] comme il hésitait, il reçut un signe d'en haut. Un homme d'une taille et d'une beauté extraordinaires apparut soudain, assis tout près de là et jouant du chalumeau; des bergers étant accourus pour l'entendre ainsi qu'une foule de soldats, [...] et, parmi eux, des trompettes, cet homme prit à l'un d'entre eux son instrument, s'élança vers la rivière et, sonnant la marche avec une puissance formidable, passa sur l'autre rive. Alors César dit : " Allons où nous appellent les signes des dieux et l'injustice de nos ennemis. Le sort en est jeté. "

Suétone, César, 31-32


La guerre civile