Catilina menaçant pour Cicéron


(Catilina) s'était mis de nouveau à demander le consulat, ayant décidé de tuer Cicéron durant le bruit et le tumulte de l'élection. [...] Cicéron, retardant le jour de l'élection, fit appeler Catilina au Sénat, où il l'interrogea sur ce qui se disait contre lui; et lui, se persuadant qu'il y en avait beaucoup dans le Sénat même qui ne demandaient autre chose que la nouveauté et la mutation [...] fit une réponse molle à Cicéron, disant : “Quel mal fais-je si, ayant deux corps en cette ville, l'un grêle, maigre et tout pourri, qui a un chef, et l'autre grand, gros et fort et qui n'en a point, je lui en mets un ?”, voulant par cette réponse enveloppée et couverte, signifier le peuple et le Sénat.

Cette réponse ouïe, Cicéron eut encore plus grande crainte qu'auparavant, de sorte qu'il s'arma d'un corps de cuirasse pour la sûreté de sa personne et fut accompagné par tous les gens de bien et grand nombre de jeunes hommes, à l'aller de son logis jusqu'au Champ de Mars où se faisaient les élections et avait expressément laissé son saye (= tunique) lâche au collet afin qu'on pût voir le bout de la cuirasse qu'il avait sur le dos, pour faire connaître à ceux qui le regardaient le danger auquel il était.

Plutarque, Vie de Cicéron,14,3-8 (trad. J. Amyot)


Du consulat jusqu'à l'exil