De la naissance au consulat (1O6-63 av. J.C.)


De son vrai nom Marcus Tullius (Cicéron est un surnom dû à une petite verrue sur le visage qui ressemblait à un pois chiche, “cicero” en latin), il naît en 106 à Arpinum, dans le Latium, d'une famille équestre. Quatre ans après lui, naissait son frère Quintus. L'époque est troublée et Rome connaît des difficultés aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur. La guerre sociale voit les villes de l'Italie centrale et méridionale tenter de faire sécession contre Rome, et celle-ci ne vient à bout de la guerre qu'en accordant massivement le droit de cité aux Italiques. À l'intérieur, le parti conservateur, appuyé par l'aristocratie sénatoriale, et le peuple sont en conflit permanent. Bientôt les différentes crises favorisent la domination des généraux appuyés sur leurs armées : Marius et Sylla se heurtent dans une cruelle guere civile. Après la mort de Marius (82) Sylla est nommé dictateur.

Cicéron vit donc depuis son enfance au milieu des troubles et de la guerre civile et c'est dans cette atmosphère qu'il fait des études très larges (philosophie, sciences, droit, rhétorique); il complète sa formation en écoutant au forum les grands orateurs du moment, Antoine et Crassus, puis en se rendant en Grèce auprès du rhéteur Molon. En Grèce, il fait la connaissance de celui qui deviendra son grand ami, Titus Pomponius Atticus (Cicéron, ad Atticum)

Le jeune avocat ne manque pas de courage : en 80 dans le Pro Roscio Amerino, il attaque une créature de Sylla (Cicéron, Pro Roscio Amerino). Assez vite il acquiert, comme avocat, renom et clientèle. Il accède donc facilement à la traditionnelle carrière des honneurs (cursus honorum): questeur en 76 (charge qu'il exerce à Lilybée, en Sicile, où il découvre le tombeau d'Archimède (Cicéron, Tusculanes)), il est édile en 7O, et préteur en 67.

En 70 il attaque et accable, dans les quatre discours qui constituent les Verrines, le gouverneur de Sicile, Verrès, qui opprimait et pillait sa province (cet homme avait un nom prédestiné : en latin le verbe verrere signifie “balayer”!) (Cicéron, Divinatio in Q. Caecilium). Cicéron avait mené une enquête très approfondie en Sicile et récolté d'innombrables témoignages contre Verrès; on dit même qu'il avait payé le voyage à Rome à plusieurs Siciliens afin de leur permettre de venir témoigner. En attaquant Verrès (défendu par le grand orateur Hortensius) Cicéron prenait violemment parti contre la noblesse qui soutenait Verrès; en effet, Sylla et le parti aristocratique avait rendu le pouvoir judiciaire, jadis aux mains des chevaliers, aux sénateurs. Or les tribunaux contrôlaient, à leur sortie de charge, les magistrats qui administraient l'état et les provinces. Ces discours constituent un éloquent tableau de la condition des colonisés (Cicéron, de suppliciis): Cicéron y passe en revue tous les moyens employés par les magistrats sénatoriaux non seulement pour s'enrichir (Cicéron, de signis) mais pour détourner le pouvoir légal à leur profit (Cicéron, de signis).Cicéron pose donc l'éternel problème de la nécessité, pour un homme politique,de s'astreindre aux mêmes règles de morale et d'honnêteté que l'homme privé.(Cicéron, ad Quintum)

À Rome, les troubles continuent et le parti populaire (populares), entraîné par des extrêmistes, comme Catilina, semble vouloir remettre en cause la constitution traditionnelle. De plus, à l'extérieur, une guerre avec le roi du Pont, Mithridate, s'éternise. Cicéron soutient d'abord, avec les chevaliers, la candidature, au commandement de l'armée d'Asie, de Pompée, général sage et dont les sentiments républicains sont sûrs. Puis il essaye d'enrayer le mouvement social qui se dessine en tentant de réaliser l'union entre les chevaliers et les sénateurs. C'est sur ce programme qu'il est élu consul en 63. Un des concurrents malheureux s'appelle Lucius Sergius Catilina....(Quintus Cicéron, Commentariolum petitionis)

Du consulat jusqu'à l'exil De l'exil à la mort Conclusion Cicéron