Les affranchis à Rome


Les affranchis (liberti) sont d'anciens esclaves, qui ne sont pas pour autant les égaux des citoyens de naissance libre (ingenui) ; seuls leurs fils deviennent des citoyens à part entière, comme le poète Horace . Même si ce n'est pas toujours le cas (exemple de Mécène), les Romains manifestaient souvent à leur égard un certain mépris (Cicéron).

Sous la République, on devient affranchi :

a) par testament du maître (testamento), à la mort de ce dernier ; c'est le cas le plus fréquent ;

b) par inscription, au moment du cens (censu), comme personne sui juris, c'est-à-dire qui ne dépend que d'elle-même ;

c) par décision judiciaire : au cours d'un simulacre de procès, devant un magistrat, le maître touche la tête de l'esclave avec une baguette (vindicta) en prononçant les mots suivants - "je dis que cet homme est libre"

Sous l'Empire, les modes d'affranchissement sont beaucoup plus variés ;

les affranchissements dépendent souvent d'une décision du prince (Suétone), voire de son caprice ; (Suétone) on assiste fréquemment à des affranchissements collectifs.

Le maître de l'ancien esclave devient le patron (patronus) du nouvel affranchi

et le compte parmi ses clients. (Juvénal) Le patron lui doit aide et assistance : il lui sert par exemple d'avocat en cas de procès. En contrepartie, les affranchis doivent à leur patron le respect (obsequium) (Suétone) et leur sont redevables de certaines corvées (operae) ; s'ils meurent, une partie de leurs biens revient à leur ancien maître. On a des témoignages d'excellentes relations entre affranchis et patrons, (Térence) mais il est arrivé aussi que la loi dût protéger les premiers contre les abus des seconds. (Suétone) Le lien qui les unit repose sur leur fides, leur confiance réciproque et le respect de la parole donnée. (Suétone)

L'affranchi coiffe le pileus,

bonnet pointu qui est le symbole traditionnel de la liberté du citoyen (à l'époque classique, les citoyens des villes ne le portent plus qu'à quelques rares occasions, comme les Saturnales) (Tite-Live) ; il prend les nom et prénom de son patron, son nom d'esclave devenant son surnom ; par exemple, le dramaturge Térence, appelé Afer (1'Africain : il est sans doute originaire de Carthage), esclave de Terentius, devient P. Terentius Afer.

L'affranchi ne jouit pas de tous les droits de citoyen :

il ne peut épouser une femme née de parents libres (ingenua), n'est pas éligible, ne peut être sénateur, (Suétone) et, relégué dans la dernière classe des tribus urbaines, ne peut exercer en fait son droit de vote. En principe, il ne peut être soldat, mais les exceptions furent nombreuses. (Tite-Live) Il arrive que certains affranchis outrepassent leurs droits. (Suétone)

Hommes entreprenants,

souvent les affranchis s'enrichissent en se lançant dans les affaires (Pétrone) et finissent par jouer un très grand rôle dans la cité : parmi eux se recrutent les médecins, (Quintilien) les architectes, les grammairiens, (Suétone) les précepteurs (Quintilien) et autres intellectuels. Sous l'Empire, ils bénéficient d'appréciables avantages et certains occupent des postes importants dans les services administratifs. (Suétone)


retour à Citoyenneté

II La vie dans la cité et hors de la cité

au sommaire du Musée Vivant de l'Antiquité