Le droit de mariage


[Au milieu du Vème siècle avant JC, le tribun de la plèbe Canuleius s'insurge contre une loi interdisant les mariages entre plébéiens et patriciens]

L'interdiction même du mariage entre patriciens et plébéiens n'est-elle pas une loi des Décémvirs datant de ces dernières années, grand malheur pour tout le monde grave injustice envers la plèbe ? N'est-ce pas le plus grand et le plus scandaleux des affronts que de prendre une partie des citoyens pour des êtres tarés, qu'on n'épouse pas.

N'est-ce pas pour nous l'exil dans l'enceinte de murailles communes, la relégation ? Défense d'entrer dans leur alliance, dans leur parenté, et de nous mêler à leur sang ! Mais alors, si c'est une souillure pour votre pauvre petite noblesse, que vous possédez non par la race et le sang (car vous descendez presque tous des Albains ou des Sabins), mais pour avoir fait partie d'une promotion de sénateurs désignés par les rois ou même, après le départ des rois, par un décret du peuple, que ne lui conserviez-vous sa pureté par des mesures d'ordre privé ? N'épousez pas de plébéiennes ! Ne mariez vos filles et vos soeurs qu'à de patriciens ! Pas un plébéien ne prendrait de force une jeune patricienne : ce sont là caprices de patriciens. Pas un ne vous aurait contraints à conclure un mariage contre votre gré. Mais faire une loi pour le défendre, abolir le mariage entre patriciens et plébéiens, c'est en fin de compte un camouflet à la plèbe.

Tite Live, Histoire romaine, IV, IV, 1-9


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