La mort de Démosthène


Ayant appris que Démosthène était assis en suppliant à Calaurie, dans le sanctuaire de Poséidon, Archias (= général macédonien) passa dans l'île et y prit pied. [...] Il essaya de le persuader de se lever pour venir avec lui. [...] “Attends donc un peu,” dit Démosthène, “le temps que je rédige une lettre pour les miens.” À ces mots, il se retira à l'intérieur du temple et, ayant pris une feuille de papyrus comme pour écrire, il approcha de sa bouche le calame, le mordit, selon son habitude quand il réfléchissait en composant un discours, l'y garda quelque temps, puis il se voila la tête et la pencha.

(Archias insiste pour l'emmener)

Regardant Archias en face : “Tu peux te hâter à présent,” dit-il, “de jouer le Créon de la tragédie (1) et de faire jeter mon corps sans sépulture. Pour moi, cher Poséidon, je sors de ton sanctuaire encore vivant tandis que [...] les Macédoniens n'ont pas même respecté la pureté de ton temple.” Après ces mots, il pria qu'on le soutînt parce que déjà il tremblait et chancelait. Dès qu'il fut sorti et eut dépassé l'autel il tomba et, en gémissant, il rendit l'âme.

(1) Allusion à la tragédie Antigone, de Sophocle

Plutarque, Vie de Démosthène, 29


Après la défaite