Phénix, éducateur et second père d'Achille


Outragé par Agamemnon, Achille a décidé de quitter le combat et de rentrer chez lui. Pour l'apaiser et le faire revenir sur sa décision, le vieux Phénix lui rappelle le passé.

Si vraiment tu t'es mis en tête de partir, illustre Pélée, et si tu ne veux pas des ravages du feu garder nos sveltes nefs, à cause du courroux qui t'a saisi le coeur, pourrais-je rester seul ici, cher fils, sans toi ?

C'est pour t'accompagner que m'envoya Pélée, ce vieux maître des chars, le jour où de la Phthie, il te faisait partir auprès d'Agamemnon. Tu n'étais qu'un enfant, ignorant du combat qui donne à tous leur chances, ignorant des Conseils où s'illustrent les hommes. Il m'envoyait pour te former en tout cela, te rendre apte à parler et capable d'agir [...]

Remontant plus loin dans le passé, Phénix rappelle ensuite comment une querelle avec son père l'a amené à fuir sa patrie ; il est arrivé alors à la cour de Pélée qui l'a accueilli avec bonté, lui confiant même son fils.

Je m'enfuis au loin dans l'Hellade au sol vaste. Gagnant la grasse Phtie, nourrice des troupeaux, j'arrivai chez Pélée, et ce roi me reçut avec bonté chez lui. Il m'aima comme un père aime son fils unique, héritier, tendrement choyé, de ses richesses.

Il me donna des biens et des gens en grand nombre. Tout au fond de la Phtie, je fus roi des Dolopes. C'est moi qui t'ai rendu tel que nous te voyons, Achille égal aux dieux, en t'aimant de tout coeur. Tu n'aurais pas voulu manger avec un autre, soit au palais , soit au dehors dans un festin : alors il me fallait t'asseoir sur mes genoux, te couper ta viande et la porter, ainsi que le vin, à ta bouche. Et souvent tu mouillais, en recrachant ce vin, le haut de ma tunique.

Que l'enfance est pénible ! Ah ! Combien tu m'as fait endurer et souffrir ! Je pensais que le ciel me refusant un fils, tu serais cet enfant, Achille égal aux dieux, que ma vieillesse aurait un jour pour défenseur.

Homère, Iliade, IX, 440-495 passim


l'éducation homérique