L'EDUCATION DANS L'ANCIENNE ROME


C'est d'abord une éducation familiale. C'est la mère elle-même, la "matrona" (Plutarque, Tibérius Gracchus), et non pas une esclave comme en Grèce, qui élève le bébé (infans: "celui qui ne sait pas parler") et le petit enfant. Dès la naissance, le père suit de très près les soins qu'on donne à l'enfant Mais à partir de sept ans, dans les familles aristocratiques, c'est lui qui se charge personnellement de l'éducation de son fils. Caton tenait à enseigner lui-même à son fils tout ce qu'il devait apprendre (Plutarque, Caton l'Ancien). Horace, lui, raconte que son père l'emmenait tous les jours à l'école pour lui éviter d'être corrompu par les rencontres de la rue (Horace, Satires). C'est en accompagnant son père dans les festins, à la curie et dans ses diverses activités publiques que le jeune noble s'initie à la vie sociale et politique Vers seize ans, l'éducation familiale est terminée. Au cours d'une cérémonie religieuse, l'adolescent dépose la toge bordée de pourpre("toga praetexta") et les autres insignes de l'enfance pour revêtir la toge virile (Florence Dupont, Le citoyen romain sous la république). Il fait maintenant partie des citoyens mais sa formation n'est pas achevée . Il est confié maintenant à un ami de la famille, auprès duquel il fera pendant un an l'apprentissage de la vie publique. C'est encore souvent sous la protection d'une haute personnalité politique, choisie par la famille, qu'il accomplit enfin ses deux années de service militaire.

Cette éducation familiale est essentiellement une formation morale. Elle transmet à l'enfant, puis au jeune homme, l'idéal de la "virtus" romaine.

Cette qualité exprime d'abord le dévouement total de l'individu à la cité. Ce vieil idéal totalitaire, qui était celui de Sparte, a laissé la place dans les monarchies hellénistiques à un idéal humaniste d'épanouissement de la personne . Mais à Rome, il restera toujours présent: on offre à l'admiration des écoliers de nombreux exemples d'héroïsme civique, présentés comme historiques, même s'ils sont légendaires (Tite Live, Histoire Romaine).

Le second aspect de la "virtus" est le respect des traditions ancestrales et familiales (Cicéron, la République). Le jeune noble vit dans l'admiration de ses ancêtres et doit s'efforcer de les imiter . Il a continuellement sous les yeux leurs bustes, exposés dans l'atrium et solennellement promenés pendant les funérailles. C'est cette admiration pour les vertus familiales qui peut expliquer que le même exploit ait pu se renouveler plusieurs fois dans la même famille. Ainsi, dans la "gens" Decius, le geste héroïque de la dévotion ("devotio") aurait été accompli trois fois: en 340 par le père, en 295 par le fils et en 279 par le petit-fils. Chacun d'eux, pour donner la victoire à sa patrie, s'est "dévoué", et avec lui l'armée ennemie, aux dieux infernaux.

La "virtus" a aussi une dimension religieuse. L'homme véritablement "vertueux" est celui qui, comme Fabricius ou Régulus, est capable de faire passer le respect de la justice et des lois divines non seulement avant sa propre vie mais même avant l'intérêt immédiat de la patrie. Pour les Romains le véritable patriotisme commence par la piété et l'attention portée aux signes des dieux. On sait avec quelle superstitieuse minutie, les Romains observaient le vol des oiseaux, les entrailles des victimes et ... la sueur des statues.

L'éducation cherche aussi à développer chez l'enfant certaines vertus paysannes.: acharnement au travail, austérité, frugalité. On le met en garde contre les effets corrupteurs du luxe et on lui donne en exemple la vertu d'un Cincinnatus (Tite Live, Histoire Romaine). A chaque étape de son éducation, on cherche à le rendre endurant et on éloigne de lui tous les plaisirs qui risquent de l'amollir. Dès la naissance, le corps du bébé est entouré de bandelettes très serrées. Ses mains sont maintenues ouvertes, des attelles lui gardent les jambes raides. A deux mois on desserre légèrement les bandelettes et on libère le bras droit pour que l'enfant devienne droitier. Le bain, qu'on lui donne chaque jour dans l'eau froide, est l'occasion d'un modelage énergique du corps: La nourrice façonne diverses parties de son corps: les mâchoires, le nez, le crâne, pour qu'il soit bien rond .... Une fois devenu "puer", l'enfant n'a toujours pas le droit de prendre des bains chauds ni de se coucher pour le repas . Varron affirme même qu'il doit manger et dormir peu. C'est encore pour endurcir physiquement ses fils, et leur éviter en même temps d'être corrompus par la ville que le père les envoie travailler sur ses terres, à la campagne.

Cette éducation traditionnelle a, par ailleurs, des objectifs très pratiques: au VIème siècle avant J.C, l'aristocratie romaine est constituée de propriétaires terriens qui souhaitent apprendre à leurs enfants à bien gérer le patrimoine. Le jeune Romain apprend donc d'abord l'agronomie. Le plus célèbre des traités portant sur ce sujet est celui de Caton (Caton, de l'agriculture). Mais pour bien gérer un domaine, beaucoup d'autres connaissances sont utiles, la médecine en particulier qui, comme l'écrit Caton, permet de soigner les esclaves donc d'accroître le rendement de la main d'oeuvre. L'enseignement du droit tenait aussi une grande place dans l'éducation latine. Les Romains, très attachés à la tradition, accordaient une grande autorité à la jurisprudence. La justice est donc rapidement devenue un ensemble complexe de prescriptions nécessitant une formation approfondie. Le jeune noble acquérait cette formation de façon très pratique auprès du protecteur et initiateur politique que la famille lui avait choisi. L'éducation physique a également une grande importance en tant que préparation militaire. Au cours des siècles, ce caractère diminuera, mais ce ne sera pas, comme en Grèce, au bénéfice de l'athlétisme. Les Romains ne construisent pas de palestre ou de stade, mais des cirques où se déroulent des défilés équestres et des amphithéâtres où les jeunes nobles pratiquent l'escrime, participent à des chasses ou à des combats contre des fauves .

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La vie dans la cité et hors de la cité

Musée Vivant de l'Antiquité