Caton et son fils


Après la naissance de son fils, aucune tâche urgente, sauf s'il s'agissait d'une affaire d'État, ne l'empêchait d'être auprès de sa femme, quand elle lavait ou emmaillotait le bébé. Elle le nourrissait elle-même de son lait. Souvent même, elle donnait le sein aux petits enfants de ses esclaves, afin que cette nourriture commune leur inspirât de l'affection pour son fils. Dès que l'intelligence de l'enfant s'éveilla, Caton se chargea lui-même de lui apprendre à lire, bien qu'il eût un esclave, nommé Chilon, qui était un grammairien d'esprit très fin et qui avait beaucoup d'élèves. Il n'admettait pas [...] qu'un esclave réprimanda son fils ou lui tirât les oreilles pour être trop lent à apprendre, ni que son fils fût redevable à un esclave d'un bienfait aussi précieux que l'éducation. Ce fut donc lui qui lui enseigna les lettres, qui lui apprit le droit et qui fut son maître de gymnastique. Il lui apprit non seulement à lancer le javelot, à combattre lourdement armé, à monter à cheval, mais encore à boxer, à endurer le chaud et le froid et à traverser à la nage le fleuve en forçant les passages difficiles et les tourbillons. Il dit aussi qu'il avait rédigé un livre d'histoire de sa propre main, en gros caractères, afin que son fils trouvât, à la maison même, moyen de connaître les antiques traditions de son pays.

Plutarque, Caton l'Ancien, I, 20 4-7


L'EDUCATION DANS L'ANCIENNE ROME