L'école du "grammaticus"


Beaucoup moins répandue que celle du "magister ludi", elle est le privilège des classes aisées. Les garçons la fréquentent jusqu'au moment où ils reçoivent la toge virile,vers 15 ou 16 ans. Les jeunes filles de l'aristocratie n'en sont pas exclues comme dans le monde grec. On sait qu'il y avait dans l'élite de la société romaine, beaucoup de femmes cultivées, ce que déploraient d'ailleurs vivement certains censeurs masculins et traditionalistes (Juvénal, Satires).

La classe que dirige le"grammaticus" est encore une boutique du forum, fermée par une simple tenture. Même si celui-ci gagne quatre fois plus que le simple "magister ludi", sa condition sociale reste fort modeste.

A la différence de l'enseignement élémentaire, qui est apparu à Rome à l'époque étrusque, vers le VIIe siècle avant J.C., en même temps que l'écriture, l'enseignement secondaire latin ne s'est développé qu'à partir du IIIe siècle avant J.C.Ce retard s'explique par le fait qu'avant cette date, il n'existe pas encore de littérature nationale. Or l'enseignement secondaire va reposer, comme en Grèce, sur l'explication des auteurs et l'enseignement théorique de la langue. Au IIIe siècle avant J.C., la seule oeuvre latine dont les écoliers disposent est une traduction de l'Odyssée par Livius Andronicos. Les auteurs à succès sont donc, dès leur vivant, expliqués en classe : Virgile et les autres " poètes nouveaux",comme Horace, sont inscrits dans les programmes vers l'an 26 avant J.C.. L'école romaine a alors une tendance très moderniste, contrairement à son homologue grecque de la même époque, très archaïsante. Mais, à la fin du Ier siècle après J.C., sous l'influence de Quintilien, les programmes se stabilisent autour de quelques grands noms, devenus classiques, et resteront immuables jusqu'à la fin de l'époque antique : la poésie est représentée essentiellement par Virgile, aussi important qu'Homère pour les grecs (un Romain cultivé connaît son Virgile par coeur), la comédie par Térence, l'histoire par Salluste et l'art oratoire par Cicéron, vénéré comme le maître par excellence (Quintilien, Institution Oratoire).

Il s'agit toujours de textes écrits sans ponctuation ni espaces entre les mots, ce qui rend le déchiffrement et la lecture particulièrement difficiles. Leur explication suit les mêmes étapes que dans l'enseignement hellénistique : lecture expressive à haute voix, explication méticuleuse et érudite de la forme puis du fond (Juvénal, Satires).

Quant à l'étude de la langue, la grammaire, deuxième pilier de l'enseignement du grammaticus, c'est seulement à la fin du Ier siècle avant J.C qu'elle apparaît en latin mais elle se développe aussitôt dans l'enseignement. Elle est si étroitement calquée sur la grammaire grecque qu'elle réserve une place à l'article ou au mode optatif, qui n'existent qu'en grec !

Les élèves font aussi quelques exercices de style, analogues à ceux que propose l'école hellénistique et tout aussi limités : en Grèce comme à Rome, on n'apprend véritablement la rhétorique que dans l'enseignement supérieur. Dans ce qui correspond à notre enseignement secondaire, il s'agit le plus souvent d'exercices de déclinaison (Grammatici Latini).

Comme dans le monde grec, les disciplines scientifiques sont généralement absentes de l'enseignement, réservées à une petite minorité d'élèves destinés à devenir des spécialistes. L'homme cultivé est un érudit dont les connaissances sont essentiellement littéraires.

 

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