La femme savante, quelle horreur !


Plus assommante encore est cette autre qui, à peine à table, loue Virgile, justifie Didon prête à mourir, met les poètes en parallèle, les compare, suspend dans la balance Virgile d'un côté, Homère de l'autre. Les grammairiens mettent bas les armes, les rhéteurs s'avouent vaincus, tout le monde fait silence. Impossible à un avocat, à un crieur public, à une femme même, de placer un mot, tant est dru le flot de ses paroles. On dirait un tintamarre de chaudrons et de clochettes. [...] Pourtant il est une mesure raisonnable, même dans les choses honnêtes. Celle qui veut se donner des airs de science et d'éloquence doit agrafer sa tunique à mi-jambe, immoler un porc à Silvain et se baigner pour un quart d'as. Puisse la femme qui partage ta couche n'avoir pas de style à elle, ne pas décocher en phrases arrondies l'enthymème tortueux, ignorer quelque chose en histoire et ne pas comprendre tout ce qu'elle lit. J'abhorre une femme qui reprend et déroule sans cesse la Méthode de Palaemon, sans manquer jamais aux règles du langage ; qui, éprise d'érudition, me cite des vers que je ne connais pas, et qui relève chez une amie ignorante des fautes auxquelles des hommes ne feraient pas attention. Je veux qu'un mari puisse se permettre de lâcher un solécisme.

Juvénal, Satires, VI, v. 434-456 


L'école du "grammaticus"