La dure vie du rhéteur


Tu es professeur de déclamation ? Faut-il que Vettius ait le coeur bronzé, quand une classe surpeuplée exécute les cruels tyrans ? Tout ce que l'élève vient de lire assis, il va le rabâcher encore debout, et répéter dans les mêmes termes la même cantilène. C'est de ce chou cent fois resservi que meurent les malheureux maîtres. Le ton qui convient, le genre auquel la cause appartient, le point cardinal de la question, les traits que pourra peut-être décocher l'adversaire, ils veulent tous savoir tout cela. Quant à le payer, personne n'y consent. "Ton salaire ? Qu'est-ce que j'ai donc appris ? - "Oui, c'est la faute du maître, si rien ne bat sous la mamelle gauche de ce jeune lourdaud, vrai roussin d'Arcadie qui, tous les six jours, me bourre ma pauvre tête de son redoutable Hannibal, quel que soit le sujet dont celui-ci délibère, - doit-il, après Cannes, marcher sur Rome ou bien, rendu prudent par les pluies et les coups de tonnerre, va-t-il faire rebrousser chemin à ses cohortes trempées par l'orage ? "Fixez la somme que vous voudrez et je la paie sur place : combien dois-je donner pour que son père consente à l'écouter autant de fois que je l'ai fait ?" Voilà ce que crient à l'unisson six rhéteurs et plus encore... [...]

Regarde un peu ce que gagne à instruire les enfants des riches un Chrysogonus ou un Pollin et tu déchireras la Méthode de Théodore. Pour se bâtir des bains, on dépense 600 000 sesterces... [...]

A côté de ces prodigalités, 2000 sesterces au plus suffiront pour un Quintilien. Ce qui coùtera le moins cher à ce père, c'est son fils !

Juvénal, Satire VII, 150-186 passim


L'école du rhéteur