Caton fait renvoyer de Rome les ambassadeurs grecs


Caton était déjà vieux lorsque des ambassadeurs d'Athènes, Caméade, philosophe de l'Académie, et Diogène, philosophe stoïcien, vinrent à Rome solliciter l'annulation d'un jugement porté contre le peuple athénien [...] Aussitôt les jeunes gens les plus lettrés accoururent auprès de ces personnages et écoutèrent leurs leçons avec admiration. Le talent de Caméade surtout [...] lui attira des foules d'auditeurs avides de l'entendre; ce fut comme un vent impétueux dont le bruit remplit la ville. On disait partout qu'un Grec d'un savoir merveilleux, ensorcelant et subjuguant tous les esprits, inspirait aux jeunes Sens une violentes passion qui les faisait renoncer à tous les plaisirs et à toute espèce d'occupations dans leur enthousiasme pour la philosophie. La plupart des Romains les approuvaient et voyaient avec plaisir les jeunes gens s'appliquer à la culture grecque et suivre les leçons de ces hommes si admirés; mais, dès le début, aussitôt que ce goût des discussions philosophiques s'instaura dans la ville, Caton s'en alarma: il craignait de voir les jeunes gens qui tournaient de ce côté leurs ambitions, préférer la gloire de la parole à celle des actions et des armes. Aussi, [...] il résolut de débarrasser la ville de tous ces philosophes sous un prétexte honorable. Il se rendit au sénat et reprocha aux magistrats de retenir si longtemps sans résultat une ambassade composée d'hommes capables de persuader aisément tout ce qu'ils voulaient; il fallait donc, dit-il, prendre une décision au plus vite et voter sur leurs propositions, afin de leur permettre de retourner à leurs écoles pour y discuter avec les enfants des Grecs, tandis que les jeunes Romains écouteraient comme auparavant les lois et les magistrats.

Plutarque, Caton l'Ancien, XXII, 1-7


L'INFLUENCE GRECQUE