Un si beau pays ! mais un peu arrogant...


Un projet de loi agraire prévoit l'installation de plusieurs milliers de colons romains en Campanie ; Cicéron s'élève contre ce projet.

Ce qui détermine le caractère des peuples, ce n'est pas tant l'origine et le sang que ce que la nature nous fournit pour l'ordinaire de la vie, ce qui sert à notre nourriture, à notre subsistance. [...] Les Ligures des montagnes sont durs et sauvages : ils ont été formés par leur sol même, qui ne produit rien qu'à force de culture et de travail. Les Campaniens se sont toujours enorgueillis de l'excellence de leurs terres, de l'abondance de leurs récoltes, de la salubrité, de l'heureuse ordonnance et de la beauté de leur ville. C'est de cette abondance et de cette affluence de tous les biens qu'est venue tout d'abord cette arrogance qui engagea Capoue à réclamer à nos ancêtres le privilège de fournir l'un des deux consuls et ensuite cette mollesse qui vainquit par la volupté Hannibal lui-même que les armes n'avaient pu vaincre encore. [...] Rome, placée dans un site de montagnes et de vallées et comme suspendue dans les airs avec ses maisons à plusieurs étages, percée de rues médiocres et très étroites, Rome, en comparaison de leur Capoue, qui s'étale au milieu d'une vaste plaine, dans une admirable situation, sera l'objet de leurs moqueries et de leur mépris. Les champs du Vatican et de la région Pupinienne (1) ne leur paraîtront sans doute pas dignes d'être comparés à leurs riches et fertiles campagnes. Mais les villes qui en grand nombre avoisinent Capoue, c'est par dérision et par plaisanterie qu'ils les mettront en parallèle avec les nôtres. C'est Veies, Fidènes, Collatia et, ma foi, Lanuvium même, Aricia, Tusculum qu'ils compareront avec Calès, Teanum, Naples, Pouzzoles, Cumes, Pompéi, Nuceria....

CICÉRON, de lege agraria, II, XXXV, 96

(1) région du Latium, très stérile.


Herculanum