Réactions qui ont suivi l'assassinat d'un maître par un de ses esclaves



Peu de temps après, le préfet de la Ville (Urbs = Rome) Pedanius Secundus fut tué par un de ses propres esclaves, soit qu'il lui eût refusé la liberté pour laquelle il était convenu d'un prix, soit que l'esclave, brûlant d'amour pour un débauché, ne pût souffrir la rivalité de son maître. Quoi qu'il en soit, comme, selon l'antique coutume, toute la domesticité qui avait habité sous le même toit devait être menée au supplice, la plèbe, qui s'était rassemblée pour la défense de tant d'innocents, en vint à l'émeute et [assiégea] le sénat, au sein même duquel un parti condamnait cet excès de sévérité, alors que la majorité refusait tout changement (...).
Un sénateur (C. Cassius) s'oppose, dans un discours assez long, à ce qu'on accorde l'impunité pour les esclaves qui n'ont pas participé à l'assassinat d'un maître mais qui d'un autre côté n'ont rien fait pour l'empêcher. et qui de ce fait méritent d'être considérés comme des complices. Il est dans la nature des esclaves, selon les anciens, d'être des assassins en puissance ("quot servi, tot hostes" = "autant d'esclaves, autant d'ennemis", dit un adage connu). Situation aggravée, dit l'orateur : " (...) depuis que nous comptons dans nos domesticités des peuplades, qui ont des coutumes différentes, des cultes étrangers ou inexistants, cette pègre ne saurait être contenue que par la crainte". Peu lui importe que des innocents périssent, pourvu que l'intérêt général soit sauvegardé.
À l'avis de Cassius, que nul n'osa combattre personnellement, répondaient cependant des voix confuses, déplorant le nombre ou l'âge ou le sexe des esclaves et, pour la plupart, une incontestable innocence. On vit prévaloir toutefois le parti qui décrétait le supplice. Mais l'arrêt ne pouvait être exécuté, devant le rassemblement de la foule, qui, armée de pierres et de torches, menaçait. Alors César (= l'empereur Néron) réprimanda le peuple par un édit et, tout le long du chemin par où les condamnés étaient menés au châtiment, il fit placer une haie de gardes militaires, Cingonius Varro avait proposé de punir aussi les affranchis demeurant sous le même toit, en les déportant hors d'Italie. Le prince s'y opposa, pour ne pas donner à une coutume antique, que la pitié n'avait pas atténuée, un surcroît de rigueur.
Tacite, Annales, XIV, 42-45 passim



Statut des esclaves