Dévouement des esclaves, dureté des maîtres


Dans la suite du livre III, Sénèque rapporte, quelquefois avec un grand luxe de détails, "toute une série de traits de bienfaisance qui diffèrent et parfois s'opposent entre eux". Ils sont empruntés à l'histoire romaine. En voici un choix.
Vettius, le chef des Marses (au cours de la guerre sociale en 90 av. J. C.) , était mené auprès du général romain. Son esclave, dégainant l'épée du soldat même qui l'entraînait, en tua d'abord son maître, puis : "C'est le moment, dit-il, de penser aussi à moi, maintenant que j'ai affranchi mon maître." et là-dessus, d'un seul coup, il se perce lui-même de part en part. Cite-moi un seul homme qui ait sauvé son maître plus royalement.
Sénèque, Des Bienfaits, III, XXIII, 5


César assiégeait Corfinum (au cours de la guerre civile en 49 av. J.C.) ; Domitius était bloqué. Il commanda à son médecin qui était aussi son esclave de lui présenter du poison. Le voyant hésiter : "Que tardes-tu, lui dit-il, comme si cela dépendait absolument de toi ! Je demande la mort, les armes à la main." Alors l'esclave promit et lui présenta un breuvage inoffensif ; lorsqu'il le vit dans la torpeur, il alla trouver son fils et lui dit :"Fais-moi mettre sous bonne garde, jusqu'à ce que l'événement te montre si c'est du poison que j'ai donné à ton père." Domitius ne mourut pas et César lui laissa la vie; mais son esclave la lui avait donnée le premier.
Sénèque, Des Bienfaits, III, XXIV

Suétone raconte la même anecdote mais en des termes moins flatteurs pour le maître.
Ensuite, une. fois consul, il (= Domitius) il essaya d'enlever aux armées des Gaules leur général, et désigné comme successeur par le parti (adverse), il se fit prendre à Corfinum au début de la guerre civile. De là relâché par César, en venant à Marseille il rendit courage aux habitants épuisés par le siège, puis les abandonna tout à coup, et mourut sur le champ de Pharsale ; homme sans caractère et d'un naturel farouche, quand sa situation fut désespérée, la crainte lui fit rechercher la mort, mais il fut pris devant elle d'une si grande terreur que regrettant d'avoir bu du poison, il se fit vomir et affranchit son médecin, qui, par précaution et à bon escient, avait atténué pour lui la violence du toxique.
Suétone, Vie de Néron , II, 3,4,5 passim

Les esclaves échappent à la colère d'un maître irascible par la fuite ou la mort.

L'avarice acquiert et ramasse au profit d'un autre ; la colère dépense, il en est peu à qui elle ne coûte rien ; combien d'esclaves un maître irritable a poussés à la fuite, combien à la mort ! Qu'il a plus perdu en s'irritant que ne valait ce qui l'irritait ! La colère apporte le deuil au père, le divorce au mari, la haine au magistrat, l'échec au candidat.
Sénèque, De la Colère, III, V, 4


Les relations des maîtres et des esclaves