Crassus, jaloux de Pompée



C'est, dit-on, à l'occasion de ces exploits que naquit l'ambitieuse rivalité de gloire qui l'opposa à Pompée. Crassus en (=la faveur dont jouit Pompée auprès de Sylla) était piqué au vif, bien qu'on
ne le mît pas sans raison au-dessous de Pompée, car il lui était inférieur en expérience, et la reconnaissance due à ses hauts faits disparaissait sous l'effet des deux mauvais génies attachés à sa nature : la cupidité et la mesquinerie(...). Crassus voyait avec peine Pompée réussir dans ses expéditions, obtenir le triomphe avant de faire partie du sénat et recevoir de ses concitoyens le surnom de Magnus, ce qui veut dire "grand".
Plutarque, Crassus, 6,5 - 7,1

Crassus, un homme cupide

Les Romains disaient que les nombreuses qualités de Crassus n'étaient obscurcies que par un seul défaut, l'amour de l'argent ; il semble plutôt qu'il ait eu plusieurs défauts, mais que celui-là, devenu le plus fort de tous, ait éclipsé les autres. On regarde comme principales preuves de sa cupidité la manière dont il s'enrichit et la grandeur de sa fortune (...)
La plus grande partie de ces richesses, s'il faut dire la vérité au risque d'être taxé de malveillance, il la tira du feu et de la guerre, en faisant des malheurs publics la principale source de ses gains [ Plutarque cite à l'appui de ses dires le rôle joué par Crassus dans les proscriptions à l'époque de Sylla, le rachat à vil prix des immeubles détruits par des incendies et des maisons voisines, et la reconstruction assurée à son profit par une armée d'esclaves architectes et maçons "de telle sorte que la plus grande partie de Rome passa en sa posession".]
Il possédait un très grand nombre de mines d'argent, de terres d'un immense rapport et des cultivateurs sur ces domaines ; cependant l'on peut dire que ce n'était rien en comparaison de la valeur des esclaves, tant il en avait , et de toute espèce : lecteurs, secrétaires, argentiers, régisseurs, maîtres d'hôtel. Il présidait en personne à leur formation et les instruisait avec un soin attentif, convaincu que le premier devoir du maître est de veiller sur ses esclaves, comme sur des instruments vivants de l'économie domestique. À cet égard, Crassus avait raison de penser, comme il le disait, que tout doit être gouverné par les esclaves, et ceux-ci par le maître lui-même.
Plutarque, Crassus, 2 passim


La guerre de Spartacus