Remarques préliminaires


Dans les dictionnaires, l'esclavage est défini d'abord comme l'état, la condition d'esclave. A ce sens donné en premier correspond pour le mot esclave celui-ci : "Personne qui n'est pas de condition libre, qui est sous la puissance absolue d'un maître soit du fait de sa naissance, soit par capture à la guerre, vente, condamnation" (Nouveau Petit ROBERT). "Personne non libre, considérée comme un instrument économique pouvant être vendu ou acheté et qui est sous la dépendance d'un maître"( Petit Larousse illustré). Ces deux définitions sont très proches l'une de l'autre et elles se complètent. L'exposé les illustrera. L'étymologie d'esclave est intéressante : " XIIIe ; latin médiéval, sclavus, de slavus "slave", les Germains ayant réduit de nombreux Slaves en esclavage" (N.P.R.).

L'esclavage est un phénomène quasi universel. Il a duré à travers les âges et n'a été aboli que récemment (on ne citera ici que la date de 1848 : l'événement a été commémoré en France en 1998) Encore n'est-on pas assuré qu'il ne subsiste pas d'une manière plus ou moins clandestine de nos jours dans certains pays qui n'en occupent pas moins un siège aux Nations Unies. Pour ne citer qu'un exemple qui nous concerne dans une certaine mesure, la traite des nègres a enrichi, au XVIIe et surtout au XVIIIe siècles les négociants des villes de la façade atlantique comme Bordeaux, La Rochelle et Nantes. La question de l'esclavage tient une grande place dans la réflexion des philosophes du XVIIIe siècle (textes célèbres dans l'Esprit des Lois XV, 5 de Montesquieu, dans Candide, ch. XIX de Voltaire, sans oublier Jean-Jacques Rousseau, Diderot, l'abbé Raynal) ainsi que dans celle des Révolutionnaires de 1789. On sait d'autre part quelle fut son importance dans l'histoire des Etats Unis aux XIXe siècle. On ajoutera que l'esclavage a pris au cours de notre siècle des formes encore plus terribles que celles du passé.

Si les définitions nous éclairent sur la condition malheureuse des esclaves, les spécialistes citent une forme d'esclavage qui a pu représenter un progrès dans l'histoire de l'humanité : les vainqueurs d'une guerre, jouissant, du fait même de leur victoire, d'un droit de vie et de mort total sur les vaincus, qui se manifestait parfois dans la pratique de l'anthropophagie, ont accordé aux vaincus la vie sauve en les réduisant à la servitude. On distingue donc un type d'esclavage "ancien " ou "doux". Mais à celui-ci se substitue, sans doute très tôt, l'esclavage qui est caractérisé par la domination absolue d'un maître sur un homme ou une femme dépourvus de tout droit. C'est à cette catégorie qu'appartient l'esclavage antique que nous présenterons dans les différents aspects qu'il a pris à Rome.

L'esclavage est attesté en Grèce dès la plus haute antiquité (Iliade et Odyssée) .Dans les cités grecques, les esclaves constituaient une partie de la population, une classe sociale. Ce sont les philosophes grecs qui ont dégagé, à partir du spectacle qu'ils avaient sous les yeux quotidiennement et de la pratique de la cité dans laquelle ils vivaient, la théorie selon laquelle les esclaves sont un cheptel analogue aux animaux, dont la force de travail permet à l'homme libre de se consacrer aux tâches nobles qu'exige la conduite des affaires de la cité. Même ceux qui considéraient que les hommes étaient frères, comme les cyniques et les stoïciens, ne l'ont jamais remis en cause. À Athènes la population était constituée des citoyens, des métèques (=les étrangers domiciliés), des esclaves, à Sparte les hilotes étaient soumis aux hommes libres qui avaient sur eux le droit de vie et de mort. Les esclaves, à Rome, ont un sort analogue à celui des esclaves des Grecs mais il convient de tenir particulièrement compte de données spécifiques de l'histoire de Rome : la durée (plus de 1100 ans), l'extension progressive et l'immensité du territoire, à laquelle on ne peut comparer ni le cadre étroit des cités grecques les plus prestigieuses ni même celui, beaucoup plus vaste, des royaumes hellénistiques, le fait qu'une petite bourgade de l'Italie centrale est devenue un empire universel, les transformations des institutions et des conditions de vie qui en ont découlé dans cette longue histoire. Il y a des constantes dans le statut des esclaves mais il y a aussi de grandes différences dans leur sort selon les époques, les régions et le cadre de vie. On pourrait peut-être donner une série d'illustrations analogues à des clichés photographiques, sans nous dissimuler les lacunes de notre documentation ; il nous faut aussi essayer de décrire une évolution qui se développe sur plusieurs siècles.

L'ESCLAVAGE A ROME