La familia urbana


Dans l'ensemble, le sort des esclaves vivant à la ville, à Rome en premier lieu, est meilleur que celui des ruraux. Ils sont mieux traités. La preuve en est que le maître, possesseur de deux familiae, s'il est mécontent d'un esclave de la familia urbana, le menacera, pour l'intimider avant de le punir, de l'envoyer à la campagne.

Les esclaves exercent des travaux ingrats et pénibles mais la variété des occupations est infinie et beaucoup d'esclaves, hommes ou femmes, remplissent, auprès du maître, en fonction de leurs aptitudes physiques ou intellectuelles, des tâches plus nobles et qui les valorisent (C. Népos, Atticus). Le ménage, l'entretien de la maison, la cuisine, l'éclairage, le lavage et la conservation des tissus, fabriqués souvent à la maison, sont assurés par des esclaves plus ou moins spécialisés, distribués en escouades placées sous la direction d'un surveillant (Juvénal, Satires). Certains sont attachés plus particulièrement à la personne du maître ou de la maîtresse. Ils sont d'autant plus nombreux que les maîtres sont plus aisés. Ils accompagnent le maître au bain, ils le coiffent, ils le rasent -opération délicate entre toutes- ils assurent le service de la table (Horace, Satires). De même la maîtresse de maison est entourée d'une nuée de servantes qui s'occupent de sa toilette et l'aident à s'habiller, et, pour ses sorties en ville, elle dispose d'une litière que portent de solides gaillards (lecticarii). L'administration de la maison et sa gestion sont assurées par des esclaves instruits et spécialisés dans la tenue des livres, la trésorerie, la comptabilité, les tâches diverses du secrétariat. Certains s'occupent des enfants : ils prennent soin de leur personne, ils les accompagnent dans leurs sorties, ils participent à leur instruction. À prix d'or un Romain pouvait s'attacher un grammairien ou un médecin. Pour leur distraction, certains recrutaient des musiciens, des danseurs ou des saltimbanques, voire des êtres qui se distinguaient par des traits physiques ou mentaux particuliers (nains, êtres difformes, imbéciles) .

Tout ce qui précède se rapporte aux riches. Un simple citoyen, aux revenus modestes, n'est servi que par un petit nombre d'esclaves, trois , deux, voire un seul, mais celui qui n'en a aucun n'est pas loin d'être considéré comme un citoyen de second plan. On pouvait se procurer un esclave sur la place publique ou dans des boutiques spécialisées, dont certaines, fréquentées par la bonne société, ne présentaient que des produits d'une qualité supérieure. Pour chaque esclave offert, le marchand fournissait le pedigree (origine, qualités et défauts, aptitudes professionnelles etc.). Comme on l'a déjà signalé, les prix variaient à l'infini. Les marchands (mangones, venalicii ; dans la comédie, les lenones font le commerce des femmes et sont des entremetteurs), comme chez nous autrefois, les maquignons, ne jouissaient pas d'une excellente réputation : ils étaient réputés pour leur habileté à tromper l'acheteur sur la valeur de la marchandise. On pouvait aussi louer des esclaves à un entrepreneur disposant d'un stock réservé à cet usage dans son cheptel. Tel fut l'ami de Cicéron, le célèbre Atticus.

Parmi les loueurs méritent une mention spéciale ceux qui entretiennent une troupe de gladiateurs, destinés à alimenter les jeux dans la capitale et dans les municipes de province (municipium = à l'origine, ville qui jouit du droit de cité romaine, puis ville autre que Rome même)

L'ESCLAVAGE A ROME