La contenance riante


Un antre était dans ce canton qu'on appelait l'antre des nymphes, grande et grosse roche creuse par le dedans, toute ronde par le dehors et dedans il y avait les figures des nymphes, taillées de pierre, les pieds sans chaussure, les bras nus jusqu'aux épaules, les cheveux épars autour du cou, ceintes sur les reins, toutes ayant le visage riant et la contenance telle comme si elles eussent ballé (dansé) ensemble.

Du milieu de la roche et du plus creux de l'antre sourdait une fontaine dont l'eau qui s'épandait en forme de bassin nourrissait là au-devant une herbe fraîche et touffue, et s'écoulait à travers le beau pré verdoyant. On voyait attachées au roc force seilles (seaux de bois) à traire le lait, force flûtes et chalumeaux, offrandes des anciens pasteurs.

Longus, Daphnis et Chloé, Livre I, traduction de P.L. Courier (1772-1825)


Les Nymphes