Vertumne


Sur le modèle des fiches que vous avez lues, vous établirez, en prélevant, dans ce texte du poète Properce, les détails significatifs, celle du dieu romain Vertumne.

En un seul corps voir tant de formes, pourquoi t'en étonner ? Connais du dieu Vertumne les traits héréditaires. Je suis Toscan, fils de Toscans et pourtant sans regret d'avoir dans le combat fui les foyers de Volsinies. La foule de mes gens ici c'est mon plaisir. Je ne veux pour ma joie un temple orné d'ivoire ; il suffit, sous mes yeux, du Forum des Romains. Par là jadis le Tibre cheminait et, ce dit-on, en entendait sur ses flots refoulés le bruit des rames. Mais du jour qu'à ses nourrissons il fit ce grand présent, le fleuve renversant son cours, je fus nommé le dieu Vertumne.

Ou c'est que je reçois aux versants de l'année les prémices des fruits et vous croyez l'année consacrée à Vertumne. La première grappe est à moi qui sur les pampres blanchissants a changé de couleur, et sont les barbes de l'épi gonflé du grain laiteux. Tu vois ici les cerises sucrées, les prunes de l'automne et dans les jours d'été les mûres empourprées. Ici vient le greffeur pour acquitter ses voeux par des fruits en guirlande, quand son poirier, en dépit de la souche, a procuré des pommes.

Dires menteurs de gens, vous me faites du tort ; mon nom veut un autre interprète : crois seulement le dieu quand il parle de lui ! Mon essence se prête à toutes les figures ; et tu peux me donner celle que tu voudras : je serai beau toujours. Veux-tu que je m'habille en Cos ! Me voici fille, et non sans grâce ! Mais si j'ai pris la toge, qui soutiendrait que je ne suis un homme ?

Donne-moi la faucille et presse-moi le front de foin entrelacé : tu peux jurer que de ma main j'ai fauché les prairies. J'ai porté les armes jadis et, les portant, je m'en souviens, je me couvris de gloire ; mais si je me chargeais du poids d'une corbeille, j'étais le moissonneur. à jeun, prêt aux procès ! Mais me suis-je chargé le front de la couronne, tu diras, en criant, que le vin me monte au visage. Ceins mon front de la mitre et je déroberai sa figure à Iacchus ; mais donne-moi le plectre et je déroberai sa figure à Phébus.

Me chargeant des filets, je suis chasseur ; mais prenant les pipeaux, je suis le dieu Faunus guettant la gent à plumes. Vertumne, c'est aussi l'aurige. C'est celui qui s'en va de cheval en cheval faisant passer son poids léger. Que l'occasion s'en offre et je prends les poissons à ma ligne ou je suis, élégant en ma longue tunique, le marchand ambulant. Je sais être berger, courbé sur ma houlette ; je puis tout aussi bien dans la poussière du chemin porter la rose en mes paniers.

A quoi bon dire aussi ma gloire la plus pure, les présents des jardins que j'élis en mes bras ? Le concombre bleuté, la courge au ventre énorme m'illustrent et le chou que ceint le jonc léger. Il n'est dans les prairies fleur sur le point d 'éclore que sur mon front placée on ne l'ait vue d'abord s'alanguir en beauté. C'est parce qu'à moi tout seul je prends toutes les formes, que le parler de mon pays tira du fait mon nom. Et toi, Rome de même, à mes Toscans tu as donné leur récompense et le Faubourg toscan de là garde son nom. C'était aux temps où Lucumon avec ses armes alliées s'en vint briser les armes des Sabins et du sauvage Tatius. J'ai bien vu, de mes yeux, les lignes fléchissant, les traits s'abattre et l'ennemi tourner le dos pour sa fuite honteuse.

Mais, Père des dieux, veuille faire que pour l'éternité la foule des Romains défile devant moi, revêtue de la toge. Plus que six vers. Je ne te retiens pas, toi qui voles à tes procès. C'est au bout de ma piste, la ligne d'arrivée. J'étais un tronc d'érable taillé d'une serpe hâtive, avant que vînt Numa, pauvre dieu d'une ville au coeur reconnaissant. Mais toi, Mamurius, qui me fit dans le bronze, que la terre des Osques ne ronge pas tes mains d'artiste; toi qui m'as, en me fondant, fait apte à tant d'usages. L'ouvrage est un, mais c'est plus d'un honneur qu'on décerne à l'ouvrage.

Properce, Elégies, IV, 2

I Mythes et Mythologie Musée Vivant de l'Antiquité