La femme gladiateur


Leurs endromides* tyriens et leur onguent, qui ne les connaît? Qui n'a vu les coups portés au poteau, que creuse à force de coups de fleuret, que défie avec son bouclier une matrone qui exécute tous les exercices : elle se montre tout à fait digne de la trompette des jeux floraux**, à moins qu'au fond de son coeur elle ne vise plus haut et ne se prépare à l'arène pour de bon. De quelle pudeur peut faire preuve une femme casquée qui renie son sexe ? [...] Tu pourrais être fier, si les affaires de ta femme étaient vendues aux enchères, d'un ceinturon, d'un brassard, d'un panache, d'une demi-jambière pour la jambe gauche ; ou bien, si elle se livre à un autre type de combat, seras-tu heureux de voir ta jeune femme vendre ses cuissards ?

Et ce sont elles qui transpirent sous une robe légère et dont la délicatesse supporte mal un chiffon de soie? Regarde avec quel ahan elle porte les coups qu'on lui a enseignés, comme elle plie sous le poids de son casque, comme elle est ferme sur ses jarrets, de quelle épaisseur d'écorce sont faites ses bandelettes et ris lorsqu'elle dépose cet attirail pour prendre son vase de nuit.

* manteaux, souvent de couleur pourpre, dont on se couvrait après l'entraînement.
** jeux célébrés au début du mois de Mai dans une atmosphère de grande licence.

Juvénal, Satires, VI, 246-264


Condition de la femme à Rome