Un mariage dans l'intimité


Caton d'Utique avait cédé son épouse Marcia à un ami célibataire (cf. Lucain, La Pharsale ) A la mort de celui-ci, ils décident de se remarier.

[...] ils décident un accord seul à seule, un engagement dénué de vaine pompe et conviennent de n'admettre à la cérémonie que les dieux comme témoins. Pas de guirlandes de fête suspendues à un seuil orné de couronnes, pas de bandelettes blanches descendant le long des deux montants de la porte. Pas de torches traditionnelles. Pas de lit dressé sur l'estrade d'ivoire pour étaler des étoffes brodées d'or, pas d'épouse qui porte au front une couronne de cheveux en forme de tour et qu'on soulève pour lui éviter de toucher le seuil du pied.

Pas de voile jaune pour tendre un léger écran sur la pudeur effarouchée de la jeune mariée et pour voiler son visage baissé ; pas de ceinture qui resserre les plis par des pierres précieuses ; à son cou pas de collier seyant, pas de châle attaché sur le haut de l'épaule, qui entoure étroitement les bras nus.Telle qu'elle était, elle conserve les marques de deuil de sa sinistre parure. Elle embrasse son mari comme une mère son enfant. La laine funèbre éclipse la pourpre qui s'efface. Les plaisanteries habituelles ne fusent pas, le mari, l'air sérieux, n'accueille pas les quolibets rituels à la mode sabine...Aucun représentant de la famille, aucun proche autour d'eux : ils s'unissent en silence et se contentent des auspices de Brutus.

Lucain, La Pharsale, II, 352-371


femme