ORIGINE DES MOTS. EXPLORATION DU DICTIONNAIRE


Les dictionnaires portatifs tels le Petit Robert et Le petit Larousse illustré donnent généralement l'étymologie des mots, quelle que soit leur origine (populaire, savante, emprunts ...). Nous nous proposons d'explorer trois pages d'un dictionnaire usuel pour dresser une liste des origines du Lexique français. Nous avons choisi Le Nouveau Petit Robert nouvelle édition remaniée et amplifiée, parue en 1993. Ce mode de sondage pourrait se pratiquer pour n'importe quelle lettre, dans n'importe quel dictionnaire. Nous examinerons le commencement de la lettre C jusqu'au mot cachottier, pour ne pas amputer la famille du mot. Ultérieurement nous ferons des comparaisons avec d'autres dictionnaires contemporains ou plus anciens.

Dans l'espace choisi, nous comptons cent entrées en comprenant l'article sur la lettre C et le C utilisé comme abréviation et symbole, ainsi que les sigles nouveaux introduits depuis les éditions antérieures, C.A. (chiffre d'affaires) et C.A.C., l'indice boursier des agents de change bien connu (C.A.C. 40 ).

Que pouvons-nous affirmer à partir des constatations faites ?


Nous avons donc des chaînes ainsi constituées:
 latin parlé dans la Gaule romaine.

 ->
 français (origine populaire) 
 latin classique

  ->
 français (origine savante=emprunts)
 latin médiéval (mots crées au Moyen Age)

  ->
  français
 latin  langue romane   français
 grec

  ->
 français
 grec

  ->
 français (emprunts ou mots fabriqués à partir d'éléments radicaux grecs, du type photographie)
 grec  (souvent) latin  français
 langue romane

 ->
 français
  langue germanique

 ->
 français (restés identiques dans la forme qu'ils avaient au moment de l'emprunt ou transformés plus ou moins profondément)
 hébreu.

 ->
 français
  arabe

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 français
 (pour ces deux langues l'emprunt peut être direct ou par l'intermédiaire d'une tierce langue)
 mots régionaux    
 mots de langues lointaines ( Amérique Asie ...)    
 onomatopées    

Dans l'espace consulté le dictionnaire de référence compte cent deux entrées. Presque toutes les catégories recensées sont représentées. Nous ne reproduirons pas cet ensemble et nous nous contenterons de quelques observations. Certains mots figurent sous plusieurs entrées, parce qu'ils sont d'origine différente (cabot) ou parce que, du point de vue sémantique, on a éprouvé le besoin d'en faire des présentations multiples (ça, cache). Tel mot est unique (cabillaud, cachalot), tel autre est accompagné de sa nombreuse famille (cacher, vingt-six dérivés).

Les mots d'origine latine, quelle que soit la voie par laquelle ils sont entrés dans notre langue, sont les plus nombreux (une quinzaine). Si on prend en considération leurs dérivés, ils figurent dans un nombre de mots très important (voir ce qu'on a dit de cacher).
Trois mots grecs: deux termes savants, de la langue de la médecine (cachexie et cachectique) du latin médiéval cachexie reproduisant kakhexia (kakos=mauvais + hexis=constitution, le mot s'applique à un organisme très atteint, voire à toute extrémité), un terme de la langue quotidienne, par l'intermédiaire du latin (cacaber, du latin cacabare: le mot grec est kakkabizein, dérivé de kakkabé, perdrix. Cacaber = pousser un cri en parlant de la perdrix. C'est un mot rare).
Un mot hébreu, cabale, orthographié aussi kabbale. En fait le dictionnaire donne le sens du mot hébreu à kabbale transcription de qabbalah (= "tradition juive donnant une interprétation mystique et allégorique de l'Ancien Testament"). De cabale, il donne les sens figurés, et il nous livre aussi deux dérivés.
Un mot arabe par l'intermédiaire de l'italien de Sicile, qabâ' (= tunique), qui donne cabbanu, d'ou, en français, caban, synonyme de vareuse.
Comme exemples de mots, d'origine latine, introduits en français par l'intermédiaire d'une langue romane, nous donnerons cabri (provençal), cabriole (italien), ces deux mots apparentés à chèvre qui vient de capra, caboter (espagnol cabo = cap, qui vient du latin caput), cachalot (espagnol ou portugais. L'origine est encore caput). Cabèche (espagnol cabeza) et cabillot (provençal cabilha) sont considérés comme issus directement des deux langues romanes citées. On peut néanmoins s'interroger: derrière le premier se cache peut-être encore caput et le second est apparenté à cheville, dont il a le sens dans le domaine particulier de la marine.Or cheville vient du latin.
De l'anglais vient cab (1850), du néerlandais cabillaud (kabeljau; 1278).
Cabernet est un mot régional ( Médoc), introduit à la fin du XIXe siècle. On ne connaît pas son origine. Il désigne un cépage du sud-ouest de la Fance.
Cabinet est un dérivé du picard cabine. il a suivi un itinéraire curieux: il est passé en Angleterre (cabin), d'où il nous est revenu au XVIIe siècle. Comme exemple de ces allers et retours d'une langue à l'autre, on cite habituellement budget, emprunté à l'anglais au XVIIIe siècle : ce mot qui signifie d'abord "sac du trésorier" n'est autre que l'ancien français bugette, petit sac, qui vient de buge, f., sac de cuir, du latin bulga, mot gaulois ? Bouge, m., n'a pris un sens péjoratif qu'au XVIIIe siècle.
Caboulot est d'origine franc-comtoise (= d'abord réduit, avant de vouloir dire cabaret mal famé; vient peut-être d'un croisement de cabane et d'un élément boulot " étable " d'origine gauloise ?).
Les mots qui viennent de régions lointaines sont relativement nombreux, les uns très bien acclimatés et compris de tout le monde, comme cacao et ses dérivés, cacahouète (ou cacahuète) ou cacatoès, les autres peu familiers (cabiai, cacaoui). Ils ont été introduits à des époques très variables en même temps que la graine, la plante ou l'animal qu'ils désignaient.
Pour finir une onomatopée: cacarder (1613) = crier en parlant de l'oie. Il ne parait pas impossible que cacaber, cité plus haut, soit en latin une onomatopée.
Avant de quitter cet article deux remarques de portée très différente:


gymnastique linguistique