Que peut-on dire de la civilisation indo-européenne ?

Les Indo-européens avaient une langue commune. Il ne faut pas se hâter d'en conclure à une même et unique civilisation, encore moins à une ethnie ou une race aryenne.

Ce qui est certain, c'est que l'existence d'un mot pour roi (raja en sanskrit, rex en latin, rix en gaulois ou ri en irlandais) suppose une certaine structure sociale, dont Georges Dumézil a analysé les constantes : une classe de rois-prêtres, une classe de guerriers, une classe de producteurs (éleveurs, artisans puis agriculteurs). Fameuse tripartition qui se retrouve à Rome comme en Inde, et même dans le Moyen Age occidental.

De même, s'il existe un mot pour désigner le cheval, le porc ou le chien, c'est que ces animaux étaient connus et domestiqués.

S'il n'y a qu'un terme indifférencié signifiant "métal, bronze, cuivre" (skr. ayas, lat.aes, vieil anglais ar), c'est probablement que cette civilisation commune date du néolithique récent.

C'est sur ces bases qu'on a essayé, en liaison avec les découvertes archéologiques, d'identifier cette communauté de langue à une civilisation : c'est ainsi qu'on a fait l'hypothèse que la civilisation des Kourganes, qui s'étend dans les steppes du nord de la Mer Noire, de la plaine du Dniepr à celle du Don et de la Volga, du sixième au troisième millénaire, pouvait bien être ce foyer originel. Faute de pouvoir vérifier leur langue, on note qu'ils inhument leurs morts en distinguant nettement les chefs, enterrés avec de riches trésors et un grand nombre de serviteurs et de concubines. C'est la thèse développée par l'archéologue Marija Gimbutas, reprise par Martinet 1986 et Sergent 1995.

Mais il ne faut pas faire de faux raisonnements : un spécialiste des langues italiques montre avec humour qu'"on trouve dans toutes les langues romanes des mots apparentés au mot bière, tabac et café : on évoquera alors les soldats de César buvant de la bière et fumant le cigare aux terrasses des cafés".

Il faut tenir compte des changements de mots (equus remplacé par caballus en latin tardif, ou caput remplacé par testa) et des changements des réalités contenues sous les mots : quel était l'arbre primitif désigné par un mot qui donne à la fois le bouleau (birch) et le hêtre (beech) ? Ce n'est pas non plus parce qu'il existe un mot sanskrit ratha "chariot" et un mot latin rota "roue" qu'il faut en déduire que les Indo-européens combattaient tous sur des chars à roues.

Il faut donc être extrêmement prudent quand on reconstruit une civilisation à partir des mots, et toujours faire en sorte que les découvertes des linguistes, des archéologues et des historiens soient comparées sans hâte ni préjugé, ce qui n'est pas toujours le cas.

Signalons deux chercheurs qui se singularisent :

Ces deux chercheurs sont très controversés, et leurs idées ne sont pas suivies par l'ensemble de la communauté scientifique internationale.



Les langues indo-européennes