Importance des familles


Certaines familles de mots comportent un nombre réduit de mots, d'autres sont très nombreuses, et elles sont d'autant plus nombreuses que le radical latin se présente sous plusieurs formes (cf. plus haut la famille de fragile).
Partons du latin tabula, ae, nom féminin qui a plusieurs sens (= planche, tableau, table à jeu, placard). Ce dernier mot a signifié autrefois - et il est encore employé quelquefois dans ce sens - écrit affiché sur un mur (voir sous François Ier l'affaire des placards). Il présente un radical unique et n'a que des dérivés dont la plupart n'ont pas de postérité en français sauf tabellio qui donne tabellion (= notaire, terme péjoratif de nos jours). La relative richesse de la famille provient de mots dérivés et composés français, voire de mots empruntés au latin médiéval et ignorés du latin parlé et écrit à Rome.
Nous aurons aussi table, tablée, tableau et tableautin, tablette, tabellion mais aussi tablature, qui remonte au latin médiéval tablatura (c'est un terme technique employé en musique qui a signifié aussi leçon, puis difficultés, d'où donner de la tablature à quelqu'un). On ajoutera tabler, tablier, tableur, tabletier, tabletterie et parmi les composés attabler, entabler, entablement, retable etc. On constate que, si certains de ces termes nous sont familiers, d'autres nous sont à peu près inconnus et exigent une recherche dans le dictionnaire.

La famille de mouvoir a une tout autre dimension
Mouvoir vient du latin movere qui nous donne trois radicaux : mouv-, mov-, mot- (tiré du supin motum). Nous avons donc les dérivés et composés de mouvoir et ceux issus des radicaux mov- et mot-.
Mouvoir donne émouvoir, ému; promouvoir, promu, promouvable mais aussi mouvement et encore moment (qui vient de momentum lui-même issu de mov(i)mentum).
Ce sont les spécialistes qui nous informent sur l'appartenance de meute à ce radical. Le participe passé refait sur le radical du présent movere (movita), est devenu un nom féminin qui signifie à l'origine soulèvement. Il s'est spécialisé ensuite (XIIIe siècle) comme terme de chasse. Son composé ameuter, d'abord terme de chasse (= rassembler les chiens en une meute), a évolué jusqu'au sens actuel (provoquer un attroupement de caractère séditieux). Le composé émeute (esmote, puis esmuete) vient d'un participe passé *exmovita, d'émouvoir (forme non attestée mais reconstituée), devenu un nom, qui signifie émoi puis émeute, au sens actuel du mot de soulèvement populaire. L'ancienne forme de meute, muette (attestée au XIIe siècle), a désigné plus tard ( 1740, dictionnaire de l'Académie) un logis pour les chiens de chasse. Il existe à Paris un château de la Muette qui a donné son nom à un quartier et à une station de métro. On ne confondra pas ce mot avec le féminin de muet, qui vient de mutus, privé de parole. Autres mots de la même famille : mutin, mutinerie, (se) mutiner.
Sur le radical mov-, amovible et inamovible.
Sur le radical mot-, motion, émotion, promotion, commotion.
Un quatrième radical mob- (radical savant dans mobilis = mobile) se présente sous la forme populaire meub- d'ou les séries mobile/immobile, mobilité/immobilité, mobiliser/immobiliser, mobilisation/immobilisation, mobilier/immobilier, meuble/meubler/immeuble/ameublement/ameublir etc.
Encore ne cherchons-nous pas à établir des listes complètes. Chacun pourra s'amuser à chercher dans le dictionnaire ou dans sa mémoire bien d'autres mots.


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