Latin et vocabulaire français (version détaillée)


Les mots français ont des origines très variées. Les uns appartiennent à un fond très ancien : ils sont les survivants des langues parlées par les peuples qui vivaient sur le sol de notre pays avant même l'arrivée des Gaulois. D'autres sont des emprunts très récents. A toutes les époques, notre langue s'est enrichie d'apports étrangers. Mais la majorité des mots que nous employons viennent du latin. Les uns ont été introduits en Gaule quand celle-ci, conquise en 50 avant J.C. par Jules César, fut devenue une des grandes provinces de l'empire romain, jusqu'à la dislocation progressive de ce dernier sous les coups des envahisseurs venus de Germanie et des grandes plaines de l'Est. Les autres ont fait leur apparition plus tardivement, à différentes époques car c'est vers le latin que se tournaient d'abord nos ancêtres quand ils sentaient le besoin de créer des mots nouveaux. Le lexique français issu du latin a donc une double origine.

- Un très grand nombre de mots proviennent de la transformation progressive, au cours des siècles, des mots latins employés dans la vie quotidienne par des hommes simples, sans instruction ou peu instruits, soldats, marchands, colons qui parlaient une langue très familière, argotique même parfois, fort éloignée de celle des gens cultivés et des écrivains. On dit que ces mots sont d'origine populaire. Ils peuvent ressembler beaucoup au mot d'origine comme en être très éloignés. Comparer par exemple les couples murum/mur, capram/chèvre, bovem/boeuf, canem/chien, aquam/eau, caballum/cheval, testam/tête, gambam/jambe.

La transformation des mots latins a d'ailleurs été différente selon les régions. Le C latin (prononcé comme C français dans car) devient soit ch soit c (Capu, forme altérée du latin caput, tête, donne chef en français et cap en provençal, à qui le français l'a emprunté, au sens géographique.) D'autre part, à côté de la langue parlée dans les couches populaires, qui s'éloignait sans doute de plus en plus de ses origines et qui variait d'une région à l'autre, a subsisté la pratique d'un latin proche de celui de l'époque classique dans les milieux cultivés, dont les enfants étaient élevés dans des écoles florissantes et renommées : il y a moins de différence entre la langue de Saint Augustin (354-430 après J.C.) et celle de l'auteur comique Plaute (254-184 avant J.C.) qu'entre celle d'un écrivain du XXème siècle et celle d'un chroniqueur du Moyen Age comme Joinville (1224-1317).

- De très nombreux mots aussi ont été empruntés directement au latin, seule la partie finale souvent ayant été francisée. Cette pratique est très ancienne, puisqu'on la constate dès l'époque gallo-romaine (introduction de mots latins ou grecs en usage dans la langue religieuse : église, évêque, etc. ) et lors de la "renaissance" carolingienne (fin du VIIIème siècle et IXème siècle : virginem/vierge, angelum/ange) et a été plus ou moins largement répandue (XVème et XVIème siècles). On dit que ces mots sont d'origine savante. Certains mots d'ailleurs se présentent sous une forme identique à celle du latin. Les uns désignent une réalité romaine, tels consul, forum, frigidarium (contraire de caldarium), tribunal. Les autres ont été adoptés pour répondre à un besoin, par exemple pour désigner un objet nouveau (album, aquarium, lavabo, etc. ) ou pour d'autres raisons (quidam, illico).

Les mots français se constituent en familles qui sont souvent les héritières des familles latines, enrichies de l'apport des mots de formation française. Exemple : mouvoir, moteur, meuble, mobile appartiennent à la même famille. C'est à la découverte de cette variété et de cette richesse du vocabulaire d'origine latine que nous vous invitons dans les activités qui vous seront proposées, certaines étant accompagnées d'un texte bref de présentation.


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