Aux origines de la grammaire

N.B. Pour les mots latins, nous adopterons la graphie antique, i désignant à la fois la voyelle et la semi-consonne notée depuis le Moyen Age j, u désignant à la fois la voyelle u /ou/ et la semi-consonne notée également depuis le Moyen Age v /w/. En revanche, il faut savoir que dans les majuscules utilisées dans toutes les inscriptions, le V désignait à la fois la voyelle et la semi-consonne.

Pour transcrire les mots grecs, o traduira par convention omicron et ô oméga, de même que é traduira epsilon et ê êta.

Les Anciens ont parlé leur langue avant de l'écrire et avant d'en faire la grammaire : ils n'ont pas "inventé" les cas ou les conjugaisons pour notre malheur.

Il est impossible de savoir selon quelle évolution ils en sont venus dans la pratique à distinguer des mots qui désigneraient des individus ou des objets, des actes, des qualités ou des liens du raisonnement, ou à créer des règles selon lesquelles le nom changerait de terminaison selon sa fonction dans la phrase ou le verbe selon la personne qui parle, le temps dont on parle ou l'effet que l'on veut obtenir sur l'interlocuteur.

On sait depuis le XIXe siècle que le grec et le latin sont deux branches différentes de la famille de langues appelée "indo-européen" , et que la langue indo-européenne primitive était une langue flexionnelle, c’est-à-dire une langue où les terminaisons des noms et des verbes sont extrêmement variées, sans qu’on puisse identifier ces terminaisons comme des mots ou des parties de mots autonomes. Les langues indo-européennes s’opposent ainsi par exemple au turc, où on peut identifier clairement la signification de telle ou telle partie à l’intérieur d’un mot complexe, par exemple une forme verbale (on parle de langues agglutinantes), et au chinois, où le nom et le verbe ne varient pas, mais sont accompagnés de particules indépendantes marquant la personne, le temps dans lequel se situe l’action, ou la modalité que celui qui parle veut donner à sa phrase (déclarative, interrogative, impérative...)

Quelle conscience et quel savoir les Grecs et les Latins avaient-ils de leur langue ?

Les Grecs étaient très conscients de l’existence parmi eux de multiples dialectes, mais ils avaient tendance à penser qu’il y avait leur langue, et que le reste était borborygme incompréhensible, d’où le nom de " Barbares " (ceux qui parlent en faisant " br br ").

A l’inverse, un Grec du premier siècle av. J.-C. voyait dans le latin un dialecte proche de l’éolien.

Autrement dit, les Anciens n’ont pas du tout conscience d’une classification des langues.

Ce qui est sûr, c'est qu'il a existé dès les débuts de l'écriture (3000 av. J.-C. en Orient, dès le deuxième millénaire en Grèce) une manière d'enseigner comment écrire correctement, ce qui est le premier sens de grammatikê mais que la grammaire telle que nous la connaissons aujourd’hui, avec ses espèces de mots, ses tableaux de conjugaison et ses règles de construction des phrases est un phénomène tardif, que certains datent de l’époque hellénistique (après la mort d’Alexandre), au IIIe siècle av. J.-C., d’autres du Bas-Empire romain (IVe siècle ap. J.-C.)

Le vocabulaire technique de la grammaire nous vient pourtant des Grecs et des Latins

L'histoire de la naissance des classes de mots

Naissance de la syntaxe ou règles de construction de la phrase

Quelques exemples plus précis

Bibliographie sommaire en français

AUROUX, Sylvain et al. 1989 Histoire des théories linguistiques, tome 1, chap. III, la naissance de la réflexion linguistique occidentale, Liège-Bruxelles, Mardaga
CHARPIN, François 1980 L'héritage de l'Antiquité dans la terminologie grammaticale contemporaine, Langue Française 47, p. 25-32
COLOMBAT, Bernard et al. 1988 Les parties du discours, Langages 92
LALLOT, Jean 1985 Etudes sur les grammairiens grecs, Histoire, Epistémologie,Langage, 7,1
LALLOT, Jean 1989 La grammaire de Denys le Thrace, Editions du CNRS
 



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