Naissance de la syntaxe ou règles de construction de la phrase


La syntaxe s'est également développée à Alexandrie. Apollonius Dyscole, auteur du Péri Syntaxéôs (IIe siècle ap. J.-C.), montre que l'énoncé se construit autour d'un noyau nom-verbe. Tous les autres éléments peuvent être enlevés sans que l'énoncé soit incomplet.

Laissant de côté la conjonction, dont le rôle est de relier deux énoncés, il propose la phrase suivante (I,14) :

ho autos anthrôpos olisthêsas sêméron kat - épésén.

(le même homme ayant glissé aujourd'hui est tombé)

N.B. kat- , préfixe verbal, est considéré comme une préposition.

Il montre qu'on peut très bien enlever

mais qu'on doit s'arrêter au noyau :

 anthrôpos        épésén
 un homme       est tombé
   

Suivant le principe qu'on ne peut pas dire quelque chose à propos de rien, autrement dit qu'un discours a besoin d'avoir un sujet, cette analyse justifie l'ordre d'étude des mots dans une grammaire, qui est un ordre d'importance dans le discours : le nom et le verbe d'abord, l'article et le pronom ensuite, l'adverbe, le participe, la préposition, et enfin la conjonction.

On voit donc que l'idée que la phrase procède par expansion à partir d'un noyau n'est pas une idée neuve de la grammaire contemporaine.

Quelques-uns des termes employés justement par les grammaires les plus récentes, tels que "déictique" ou "anaphorique" viennent de déiktikê (déixis = le fait de montrer) et d'anaphorikê (anaphora = le fait de se référer) chez Apollonius, qu'il applique au pronom. Leur traduction en latin par le grammairien byzantin Priscien (env. 510 ap. J.-C.) sous la forme demonstratiuus / relatiuus, qui donneront lieu à notre démonstratif et à notre relatif, montre cependant que l'histoire des notions grammaticales est faite de déplacements de sens.



Aux origines de la grammaire