Quelques exemples plus précis


Les langues anciennes sont des langues à déclinaison.

Le cas

Le latin a six cas : nominatif, vocatif, accusatif, génitif, datif, ablatif.

Le grec a cinq cas : nominatif, vocatif, accusatif, génitif, datif

D'où viennent les noms des cas ? Et dans quel ordre les jeunes écoliers les apprenaient-ils dans les deux langues ?

traduction française

latin

grec

nominatif

génitif

datif

accusatif

vocatif

ablatif

nominatiuus, rectus

genetiuus

datiuus

accusatiuus, causativus

uocatiuus

ablatiuus, sextus casus

orthê, onomastikê, euthuia

génikê, ktêtikê, patrikê

dotikê, épistaltikê

aitiatikê

klêtikê, prosagoreutikê

Le nominatif est le cas grâce auquel on nomme et il est dit droit ou direct (rectus, orthê, euthuia) parce qu'il signifie directement l'être ou la chose. Tous les autres cas sont dits obliques (plagiai, obliqui) parce qu'ils signifient l'être ou la chose indirectement.

Le génitif par exemple signifie le plus souvent par l'intermédiaire d'un nom, qui est le nom du père (patrikê = paternel), de celui qui engendre (génikê, genetiuus = familial), de la chose possédée (ktêtikê = possessif).

Le datif signifie par rapport à un verbe de don (dotikê, datiuus ) ou d'envoi (épistaltikê = épistolaire)

L'accusatif a une signification qui transite par un verbe d'action, et donc soulignerait une relation de cause à effet (aitiatikê, causatiuus). En fait, les explications varient et aucune n'est satisfaisante.

Le vocatif est à part : il sert bien évidemment à appeler (klêtikê, uocatiuus) ou à interpeller (prosagoreutikê), mais il n'est ni direct ni oblique dans la mesure où il est souvent utilisé pour d'autres énoncés que les énoncés déclaratifs.

Quant à l'ablatif latin, il tire son nom du verbe auferre, enlever, parce qu'il indiquerait d'abord le point d'origine à partir de quoi se produit l'action. C'est la multiplicité de ses emplois qui le fait parfois appeler sextus casus.

Cet ordre ancien a des raisons à la fois logiques (direct, obliques + cas particulier du vocatif ) et historiques (l'ablatif est un ajout du latin).

L'ordre actuel est une invention française du XIXe siècle propre à faciliter l'apprentissage.

Les Anglo-Saxons apprennent l'ordre ancien.

Les modes

Le grec pour nous a un mode de plus que le latin, l'optatif, qui est le mode du souhait. Mais les premiers grammairiens latins ont voulu à tout prix qu'il y ait une correspondance entre les deux langues . D'où :

grec (mode = énklisis)

latin (mode = modus)

horistikê (horizéin = définir)

prostaktikê (prostattéin = commander)

euktikê (eukhomai = souhaiter)

hupotaktikê (hupotatto = ranger sous)

aparemphatos (indéfini)

indicatiuus (indicare = montrer)

imperatiuus (imperare = commander)

optatiuus (optare = souhaiter)

coniunctiuus (plus rarement subiunctiuus)

infinitiuus

Ce n'est qu'au XVIIIe siècle que l'optatif est supprimé des grammaires latines, comme des grammaires françaises d'ailleurs.

Le participe est considéré comme une espèce de mot à part juqu'à la fin du XVIIIe. Ce n'est qu'au XIXe siècle qu'il est considéré, en français comme en latin, comme un mode du verbe.

Les temps

C'est la caractéristique du verbe que de marquer le temps (gr. khronos, lat. tempus).

Les Anciens parlent des temps grammaticaux non comme de "tiroirs" de la conjugaison, mais en rapport avec le découpage de l'expérience

 

passé

présent

futur

grec

parélêluthôs

énéstôs

mellôn

latin

praeteritum

praesens

futurum

parelêluthôs (de para + érkhomai) = étant allé à côté ou le long de, qui est traduit littéralement par praeter-itum (d'où prétérit)

énéstôs = (de én + histêmi) = s'étant établi, installé

instans (de in + sto). praesens = étant devant

mellôn = devant, tardant. futurum = participe futur du verbe esse : sur le point d'être.

Mais il faut bien rendre compte du fait qu'il y a plusieurs passés. Denys le Thrace en distingue quatre formes, qu'il appelle :

Quatre temps en grec contre trois en latin : le parfait latin a de fait une double valeur, de temps détaché (équivalent de notre passé simple) et de temps rattaché au présent (équivalent de l'emploi originel de notre passé composé).

Notons que le futur antérieur n'est pas considéré par les grammairiens anciens comme un temps de l'indicatif. Il est souvent classé comme un temps du subjonctif parce qu'on le trouve seulement dans les subordonnées, toujours accompagné d'une conjonction de temps ou de condition. Il faudra attendre la Renaissance pour que sa valeur d'aspect accompli soit reconnue: on l'appellera alors futurum perfectum.

Le terme d'infectum opposé à perfectum, permettant de classer commodément les trois temps latins formés sur le radical du présent opposés aux temps formés sur le radical du parfait, est tout à fait récent, et relève d'une approche morphologique qui n'est pas celle des Anciens. C'est la philologie allemande du XIXe siècle qui l'a rendue possible.

Ce dernier exemple montre combien, dans leur terminologie, les Anciens ne perdent jamais le contact avec le sens, avec la perception de la réalité. Le problème de la grammaire dite traditionnelle est que sa terminologie est devenue opaque et s'applique mal à une description.formelle de la langue. L'échec pédagogique d'une terminologie linguistique en rupture complète avec cette tradition vaut la peine qu'on revienne à la source de ces notions à la fois familières et étrangères.



Aux origines de la grammaire